tout


tout

tout [ tu ] ; toute [ tut ] ; tous [ tu ] (adj.), [ tus ] (pron.) ; toutes [ tut ] adj., pron., adv. et n.
• Xe; bas lat. tottus, forme expressive de totus « tout entier, intégral »
I ♦ Adj. A ♦ (fin Xe) TOUT, TOUTE, adj. qualificatif . Complet, entier, intégral (avec une valeur moins nette, plus grammaticale).
1 ♦ (Devant un nom précédé d'un article, d'un possessif, d'un démonstratif). TOUT LE, LA, LES (et nom). Tout le jour, toute la nuit. Tout le temps. ⇒ toujours. — TOUT LE MONDE : l'ensemble des gens (selon le contexte); chacun d'eux. Tout le reste, l'ensemble des choses qui restent à mentionner. — Tout le village est venu (par exagér. :il y a eu grande affluence). — C'est toute la question. C'est tout le portrait de son père (cf. C'est son père tout craché).
♢ TOUT UN, TOUTE UNE [ tutœ̃, tutyn ]. « Il a passé tout un hiver à rêver seul et en silence » (Duhamel). « Toute une nuit j'ai cru que mon âme était morte » (Aragon). — C'est tout un roman, toute une affaire, toute une histoire, une véritable, une grave affaire. « C'était toute une science » (Hugo). REM. Devant un titre, tout est souvent invariable : Lire tout « Une ténébreuse affaire » de Balzac; tout (ou toute) « La Chartreuse de Parme ».
♢ TOUT MON, TON, SON... Tout son soûl. J'ai tout mon temps. Toute sa petite famille. — De tout mon cœur.
♢ TOUT CE, CET... Tout cet été. Toute cette semaine. — Tout ceci, cela. « Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire, Tout dise : “Ils ont aimé !” » (Lamartine). — (Désignant des personnes) « Tout ce que la paroisse pouvait fournir de prêtres et d'enfants de chœur précédait le char » (F. Mauriac).
♢ TOUT CE QU'IL Y A DE (suivi d'un nom pluriel; accord facultatif du verbe). « Tout ce qu'il y avait de gens éclairés l'accueillirent » (Sainte-Beuve). « Tout ce qu'il y a de grands hommes çà et là étouffés me semble composer [...] un cœur mystérieux » (Sainte-Beuve). — Fam. Tout ce qu'il y a de plus (et adj. ou subst. adjectivé) :très. « Sérieux, alors ? [...] — Tout ce qu'il y a de plus sérieux ! » (A. Daudet). (Accord facultatif de l'adj.) « Des embuscades tout ce qu'il y a de plus classiques » (Perret). « Des gens tout ce qu'il y a de plus honorable » (Romains). — Avoir peut toujours rester au présent : « C'était un bel et bon chalet, tout ce qu'il y a de plus suffisant » (Ramuz).
2 ♦ Devant un nom sans art. — (En loc.) Avoir toute liberté... Donner toute satisfaction. ⇒ plein. Avoir tout intérêt : un intérêt évident et grand. Tout compte fait. — À toute force. À toute extrémité. À toute allure, à toute vitesse : à la vitesse la plus grande possible. — De toute éternité. De tout temps. De toute beauté, très beau. De tout cœur. — En toute franchise. En tout bien tout honneur. En toute hâte. En toute simplicité. Selon toute apparence : d'une manière très probable. — « La solitude est tout mouvement et toute harmonie » (Chateaubriand). Cet homme « était envers moi toute simplicité et bienveillance » (Romains).
♢ Fam. C'EST TOUT (et nom) :la collection entière (désignée par ce) présente tel caractère. « À les prendre un à un, remarquez, c'est tout bons garçons » (Aymé).
♢ POUR TOUT (et subst. sans art.) :en fait de..., sans qu'il y ait rien d'autre. Pour tout repas. « Ils avaient pour tout domestique une servante » (Hugo).
♢ (Devant le nom d'un auteur) Lire tout Racine : toute l'œuvre de Racine. — (Devant un nom de ville) Toute la ville, tous ses habitants. Il « voyait tout Nagasaki » (Farrère). « Tout Rognes fauchait » (Zola). — (v. 1820) TOUT-PARIS; LE TOUT -P ARIS : les personnes les plus notables, tout ce qui compte à Paris. « Je n'avais aucune envie de faire partie du Tout-Paris et de parader en vêtements de fête » (Beauvoir).
3 ♦ (Employé en apposition) Entièrement; tout entier. Elle était toute à son travail, entièrement absorbée par son travail. « Ma mère, toute à son fardeau, toute à la fièvre sacrée de ses devoirs » (Duhamel). — Tout, toute de... : entièrement (fait[e]) de... Une existence « toute de conquête spirituelle » (F. Mauriac).
4 ♦ SOMME TOUTE. ⇒ 1. somme.
B ♦ Adj. indéf.
1 ♦ (Xe) TOUS [ tu ], TOUTES : l'ensemble, la totalité de, sans excepter une unité; par ext. Le plus grand nombre de. Tous les hommes. Tous les autres. ⇒ tutti quanti. « La chair est triste, hélas, et j'ai lu tous les livres » (Mallarmé). Tous les moyens sont bons. Toutes les fois que... : chaque fois que. Tous nos amis. Tous ces gens-là. « Toutes les affections, haines, curiosités » (Lanson). « Tous les instincts et les sens de l'homme primitif » (Maupassant).
♢ (Devant un nom sans art.) « N'importe quel vivant [...] est un récepteur admirable de toutes ondes, sons, lumières, chaleur » (Alain). « Que peu de temps suffit pour changer toutes choses ! » (Hugo). Toutes sortes de choses. Cesser toutes relations. Avoir tous pouvoirs, tout pouvoir sur qqn. — (Devant un nom de nombre, avec ou sans art.) Tous deux, tous trois. — « Elle nous donna tort à tous les deux » (F. Mauriac). — TOUS, TOUTES, suivi d'un nom (sans art.) et d'un participe ou d'un adjectif. Toutes affaires cessantes. Le train « remontait, tous feux éteints, dans la nuit d'automne » (Duhamel). Toutes proportions gardées. — (Dans des tours prépositionnels, avec ou sans art.) À tous les coins de rue. À tous les coups. À tous égards. À toutes jambes. — De tous côtés, de tous les côtés. De toutes les façons. De toutes parts. Dans tous les cas. — Dans tous les sens. En toutes lettres.
2 ♦ Littér. TOUS, TOUTES (devant un nom sans art.) pour récapituler une suite de termes, sans en excepter un. ⇒ autant (de). « Novepont, Clairefontaine, Martinville-le-Sec [...] toutes terres vassales de Guermantes » (Proust). « Un petit bordeaux, un petit bourgogne [...] enfin tous vins qui t'iront droit au cœur » (Vildrac).
3 ♦ (XIVe) TOUS, TOUTES (marquant la périodicité). ⇒ chaque. Tous les jours, tous les ans : une fois par jour, par an. Tous les matins. — « la plate-bande dont elle cueillait les fleurs, tous les premiers vendredis de chaque mois » (Flaubert). Tous les trente-six du mois : jamais. Tous les combien ? Toutes les cinq, les dix minutes : à chaque instant. — Une borne tous les kilomètres.
4 ♦ TOUT, TOUTE (suivi d'un nom sans art.) :un quelconque, n'importe quel; un individu pris au hasard parmi la totalité des individus semblables. « Tout Français jouira des droits civils » ( CODE CIVIL ). Toute personne. ⇒ quiconque. PROV. Toute peine mérite salaire. Toute sorte de... — (Avec une prép.) À tout âge. À toute heure. À tout hasard. À toute épreuve. Contre toute attente. — De toute façon. En tout cas. En tout état de cause : quelle que soit la situation. — Avant toute chose, sur toute chose : avant tout, plus que tout (premièrement, préférablement).
♢ Loc. (XVIIe) Tout un chacun : chaque homme, tout le monde. Elle espère, comme tout un chacun.
♢ (v. 1200) TOUT AUTRE, TOUTE AUTRE... « Tout autre que mon père l'éprouverait sur l'heure » (P. Corneille). « Toute autre se serait rendue à leurs discours » (Racine).
II ♦ Pron. (XIe)
1 ♦ TOUS [ tus ], TOUTES [ tut ]. (Représentant un ou plusieurs noms, pronoms, exprimés avant) « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » (La Fontaine). « Elles les gênaient et les intimidaient [...] Si railleuses, toutes » (Loti). — La première, la dernière de toutes. Une fois pour toutes. « Alors, il se livra aux sports, avec fureur. Il essaya de tous, il les pratiqua tous » (R. Rolland ). — Tous ensemble : en masse. Tous autant que nous sommes : nous tous, sans exception. « Cette part de l'autre sexe que nous contenons tous, et toutes » (Larbaud). (Avec un impér.) Regardez tous ! « Vous tous, soyez témoins ! » (Hugo). — (Récapitulant une énumération) « Vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir » (Montesquieu). — Nous tous le souhaitons.
2 ♦ TOUS [ tus ], TOUTES (en emploi nominal) :tous les hommes, tout le monde (et par ext. Une collectivité entière). « À ce mot, tous s'inclinèrent » (Flaubert). Envers et contre tous. « Elle dînait chez toutes » (France). — « Comment parler en leur nom à tous » (Sartre).
3 ♦ TOUT, pronom ou nominal (neutre ou collectif) :l'ensemble des choses dont il est question (soit toutes choses : « Le temps qui détruit tout » [La Font.]; soit la plupart des choses en question : « Je consens qu'une femme ait des clartés de tout » [Mol.]). — Tout (opposé à rien). C'est tout ou rien, il n'y a pas de moyen terme. — « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » (Lamartine ). Tout va bien. Loc. prov. Tout est bien qui finit bien : ce qui finit bien peut être considéré comme entièrement bon, heureux (malgré les difficultés passagères). — Tout est là : là réside tout le problème; il n'y a rien d'autre. — Il sait tout. « Elle a tout ressenti, tout supporté, tout souffert, tout perdu, tout pleuré » (Hugo). Pour tout dire : en somme. — À tout faire : utilisable en toutes circonstances, pour toutes sortes de choses. Spécialt Bonne à tout faire. À tout casser. — À tout prendre : tout bien considéré. — Il faut de tout pour faire un monde. On s'habitue à tout. — (Souvent péj.) N'importe quoi. Capable de tout. — TOUT (résumant une série de termes). « Court de bras, de jambes, de cou, de nez, de tout » (Maupassant). « Il fallait tout oser, pour empêcher la guerre, tout ! » (Dorgelès).
♢ TOUT (attribut) . Être tout pour (qqn) : avoir une extrême importance. — (XVIIe) C'EST TOUT (marquant la fin d'une énumération ou d'une déclaration catégorique). Et c'est tout. Ce sera tout pour aujourd'hui. Un point, c'est tout. — Ce n'est pas tout : il reste encore qqch. — (1668) Ce n'est pas tout de..., que de... : ce n'est pas assez. « Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici » (La Fontaine). Fam. C'est pas tout de s'amuser, (très fam.) c'est pas tout ça : il y a autre chose à faire. — (1784 ) VOILÀ TOUT, pour marquer que ce qui est ainsi fini, borné, n'était pas très important. — Après tout. — Malgré tout. — Avant tout. Par-dessus tout (⇒ 1. surtout) . Au-dessus de tout. — Comme tout : extrêmement.
♢ EN TOUT. De tout point, à tous égards, complètement. « Mon exposé était en tout conforme aux dépositions des témoins » (Beaumarchais). — Au total. « En tout, douze serviteurs » (Zola). Il y avait en tout et pour tout trois personnes. — Fam. Et tout : et le reste. Et tout et tout. « Moi qu'étais si heureuse, si contente et tout » (Queneau).
♢ TOUT DE... Il ignore tout de cette affaire. — (fin XIXe) Fam. Avoir tout de... : avoir toutes les qualités, les caractéristiques... de. « Pour Fanny, elle avait tout d'une mère, la patience infatigable, l'inquiétude... » (A. Daudet).
4 ♦ Vieilli TOUT (nominal) :tout le monde. « Tout dormait dans la voiture » (Michelet). — Mod. (énumération) « Les femmes en sabots cirés, les paysans en blouse neuve, les petits enfants qui sautillaient nu-tête devant eux, tout rentrait chez soi » (Flaubert).
III ♦ N. m. (XIIIe) A ♦ LE, UN TOUT; DES TOUTS. Collection, ensemble. ⇒ totalité.
1 ♦ L'ensemble dont les éléments viennent d'être désignés. « Il montra son passeport, sa lettre de mission. Il prépara quelques autres papiers [...] Le fonctionnaire examina le tout » (Romains). Vendez le tout. Risquer le tout pour le tout : risquer de tout perdre pour pouvoir tout gagner.
2 ♦ L'ensemble des choses dont on parle, l'unité qu'elles forment. Le tout et la partie. Former un tout. L'intégrité, la structure du tout. « L'homme est un tout indivisible, un tout à l'égard du néant » (Pascal). Il « avait envie de penser à lui-même et à son existence comme à des touts » (Romains ).
♢ Spécialt , Blas. L'ensemble de l'écu. Brochant sur le tout. — (1842) Le mot à trouver dans une charade. Mon premier, mon second...; mon tout.
3 ♦ L'ensemble de toutes choses. Le tout, le grand tout (souvent écrit avec la majuscule). ⇒ univers. « Il faut dans le grand tout tôt ou tard s'absorber » (Hugo).
4 ♦ Ce qu'il y a de plus important, d'essentiel; le point capital. Le tout est de (et l'inf.) . Fam. C'est pas le tout de rigoler.
5 ♦ (XVIe) Vx ou littér. Ce qui compte le plus pour qqn; son seul centre d'intérêt. « Enfin il en est fou, c'est son tout, son héros » (Molière).
B ♦ (1213; del tut 1080) DU TOUT.
1 ♦ Vx ou littér. Complètement, absolument. Il doit veiller « à ce que le fait soit du tout semblable à ce qu'il veut prouver » (Paulhan). — (1694) Mod. Du tout au tout [ dytutotu ] :complètement, en parlant d'un changement (toutes les circonstances envisagées étant modifiées en leur inverse). Changer du tout au tout.
2 ♦ (XIIe) PAS DU TOUT : absolument pas (renforçant la négation, du tout jouant le rôle d'un adverbe). Il ne fait pas froid du tout. Plus du tout. Rien du tout. « Je commençais chaque phrase sans du tout savoir comment je la finirais » (A. Gide). Ellipt Du tout : pas du tout. « Croyez-vous que je le blâme ? du tout » (Balzac).
IV ♦ Adv. de quantité Entièrement, complètement; d'une manière absolue, intégrale. ⇒ absolument, 1. bien, exactement, extrêmement(avec une valeur moins précise que ces adverbes).
1 ♦ (XIe) Devant quelques adjectifs courants, des participes présents et passés, et devant les autres adj., avec une valeur littéraire. Tout jeune. Tout ému. Tout entière. Tout fait, tout préparé. Tout petit. Un tout petit. Tout enfant; fam. Tout gosse. Tout nu. Tout seul. C'est tout naturel. — Une toute jeune fille; une toute petite mare. — Tout autre : entièrement autre, complètement différent. C'est une tout autre affaire. « Dire tout autre chose que ce que nous voulions dire » (Sartre). — C'est tout l'un ou tout l'autre. — Le tout premier, la toute première : celui, celle qui est exactement, réellement le premier. « Il fit ses toutes premières classes au collège Louis-le-Grand » (Sainte-Beuve). « Les tout derniers chapitres me paraissent beaucoup moins bons » (A. Gide).
♢ REM. sur l'accord de tout :en anc. fr., tout était normalement accordé, en tant qu'adjectif : « Une chose qui vous est toute acquise » (Molière); « Divers stratagèmes tous prêts à se produire » (Molière). — Aujourd'hui, tout est invariable au masculin, et devant les adj. fém. commençant par une voyelle ou un h « muet » : « Ces vers tout remplis d'elle » (Arvers); « Tout enfant elle s'escrimait à faire des vers » (Mérimée); « une certaine licence, tout humble, toute plébéienne » (Barrès). — Tout est variable en genre et en nombre devant les adj. fém. commençant par une consonne ou par un h « aspiré » : Toute belle; portes qui s'ouvrent toutes grandes; elle est toute honteuse.
♢ TOUT EN, À, etc. « Il y avait de grands espaces pleins de bruyères tout en fleurs » (Flaubert). Être tout en larmes. — Elle est tout à ses projets, entièrement à ses projets.
♢ (dès 980) TOUT (inv., devant un adv. ou une prép.). Tout autrement. Tout simplement. Tout doucement. Tout autant, tout aussi peu. À tout jamais. Tout bas, tout haut. Tout juste. — Tout ensemble. Je vous le dis tout net. Tout près. Tout autour. Tout en haut, tout en bas. Tout droit. Tout de travers. — Loc. Tout à coup, tout d'un coup. — Tout à l'heure. — Tout au moins. Tout au plus (renforçant au plus)(cf. Au grand maximum). — Tout d'abord. — Pour tout de bon. Tout de même. Tout de suite. — Tout le premier : le premier, avant tout le monde. C'est tout le contraire.
♢ TOUT À FAIT (renforce l'anc. loc. à fait « à mesure que... »). ⇒ absolument, 1. complètement, entièrement, pleinement, totalement. Ce n'est pas tout à fait pareil. ⇒ exactement. Il est tout à fait soûl. ⇒ 2. fin.
2 ♦ TOUT EN... suivi d'un part. prés. (gérondif),marque la simultanéité. « Tout en chantant sur le mode mineur » (Verlaine). — (Marquant l'opposition). « tout en me souhaitant du génie, elle se réjouissait que je fusse sans esprit » (France). — Région. Elle arriva tout courant : en courant.
3 ♦ (XVe) TOUT...(nom ou adj. attribut)QUE..., exprime la concession (cf. Quelque... que; si... que, bien que). « Tout riche que je suis » (Molière). « Toute dépaysée et terrifiée qu'elle était, elle goûtait le soulagement » (Romains). — (Avec le subj.) « Tout formidable que soit ce sublime » (Chateaubriand).
4 ♦ Fam. (modifiant un verbe) Je me suis tout écorché la main.
5 ♦ Littér. Renforçant un nom épithète ou attribut « Ces deux existences, celle du comte, tout action, tout agitation, tout émotion; celle de la comtesse, tout passivité, tout inactivité, tout immobilité » (Balzac). REM. Avec un nom fém., l'usage moderne préfère la caractérisation par l'adj. (cf. ci-dessus I, A, 2o). — Loc. Il était tout yeux tout oreilles. Je suis tout ouïe. — Comm. Cravate tout soie. ⇒ pur.
⊗ CONTR. Aucun, nul, rien. Division, élément, fraction, lot, morceau, partie, pièce. ⊗ HOM. Toux.

● Tout ou partie la totalité ou une partie seulement. ● Tout ou rien indique l'absence de compromis possible : La politique du tout ou rien.

I.
⇒TOUT1, TOUTE, TOUS, TOUTES, adj. indéf. et pron. indéf.
I. — Adj. indéf.
A. — [Marque l'idée d'intégralité]
1. [Précède un déterm. du subst. (art. déf., art. indéf., adj. poss., adj. dém.) ou bien précède un pron. (dém., pers., poss.) ou encore un nom propre]
a) [Pour marquer l'intégralité d'un espace (au propre ou au fig.), d'un volume, d'une durée, d'un processus, d'une collection, d'une masse ou la plénitude d'une réalité]
— [D'un espace, d'un volume] Tout l'univers; tout le pays; tout le long de; toute une partie de; sur toute la ligne. Visite à la Princesse, qui est tombée hier dans l'escalier et qui a tout le bras droit ankylosé (GONCOURT, Journal, 1894, p. 675).
— [D'une durée] Toute la journée; tout cet été; tout un hiver; avoir tout son temps. De tout le repas il ne prononça pas une parole (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p. 248).
— [D'un processus] Nous nous rendons avec lui chez M. Martin, à qui nous racontons toute l'histoire (GIDE, Voy. Congo, 1927, p. 809).
— [D'un ensemble, d'une collectivité] Toute la récolte; toute la classe; tout le quartier (« les habitants du quartier »); toute la population; toute la somme; tout le monde. Tout l'hôtel, en un moment, fut sur pied. On courut chercher du secours (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 339).
♦ Loc. Somme toute (v. somme1).
— [D'une masse (concr. ou abstr.)] Toute la soupe; toute l'eau (est polluée); tout l'argent (a été remis); toute la chaleur. Expr. Pour tout l'or du monde (v. or1).
♦ Tout ce qui, tout ce que. Proverbe. Tout ce qui brille/reluit n'est pas or (v. or1). Tout ce qui (désignant des pers.). Je suis avec tout ce qui a la peau brune. Gare à tout ce qui a la peau blanche! (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 392).
— [Plénitude d'une réalité] Dire toute la vérité; tout son amour, son courage, son saoûl ; toute son admiration, son ambition, son attention, son existence; donner toute sa mesure. Les intrigues le mieux concertées, quoique tissues avec tout l'art et l'expérience possible, ont quelquefois, des suites fâcheuses (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 253).
♦ De toute son âme; de tout son cœur; de tout son être; de toute sa force; de tout son poids; de tout son long. Haynes, avait-il crié de toute sa voix, où êtes-vous? (PEISSON, Parti Liverpool, 1932, p. 17).
— [Pour terminer une énumération et exprimer la totalité d'une série] Tout ceci; tout cela; et tout le reste ; et tout ce qui s'ensuit (fam., v. ensuivre (s')); (et) tout le bataclan (fam.); et tout le bazar (très fam.); et tout le bordel (arg.); et tout le saint-frusquin (pop., v. frusquin); et tout le tremblement; toute la lyre. Synon. et cœtera, tutti quanti.
♦ [Pour ne pas exprimer qqc. ou pour ouvrir une énumération] Tout ce que vous voudrez. Il avait l'air de tout ce qu'on voudra, d'un camelot, d'un ouvrier inoccupé, d'un fou (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p. 23).
♦ Fam. [Pour résumer] Tout ça pour; tout ça parce que. Tu ne comprends pas (...) que le trésor passe dans ses poches et que Mascaral continue à pourrir dans les moucherons, et tout ça parce qu'un licencié aura manqué d'estomac (AUDIBERTI, Quoat, 1946, 2e tabl., p. 60).
♦ Lang. admin. De tout quoi. De tout quoi nous avons dressé le présent constat pour la requérante en faire tel usage que de droit (COURTELINE, Article 330, 1900, p. 269).
— Littér. [Devant un pron. pers.] Tout mon/son être; toute sa personne; tout lui; de tout lui-même. Il sentait que ses épaules, ses jambes, tout lui, étaient pour elle, même quand il remuait trop par insomnie ou travail à faire (PROUST, Guermantes 2, 1921, p. 349).
— [Devant un titre d'œuvre et, p. méton., devant un nom propre d'aut.] L'intégralité de l'œuvre. Lire tout Molière, tout Madame de Sévigné. Une excellente musicienne qui me chanterait tout Gluck (PROUST, Sodome, 1922, p. 1109).
Rem. Devant un titre ou un nom propre comportant un art., tout reste inv.; avec un subst. fém., l'accord est possible: lire tout(e) la Chartreuse de Parme. J'allai chercher de l'air pur au sommet du taxaudier, mon arbre favori, d'où l'on découvrait toute La Belle Angerie (H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 137).
— [Devant un nom propre de ville] La totalité matérielle de la ville. Mais Antide Boyer, il a fait des fontaines dans tout Aubagne, il a amené l'eau partout, alors les paysans n'ont d'amitié que pour lui (BARRÈS, Cahiers, t. 5, 1907, p. 246). [P. méton.] L'ensemble des habitants de (la ville). Tout Compiègne, ce dimanche, semblait être dehors. Antoine et Jacques se mêlèrent à la foule (MARTIN DU G., Thib., Cah. gr., 1922, p. 704).
Rem. 1. L'accord au fém. est rare et vaut pour la totalité matérielle de la ville: J'entre en quelque palais, je sors de quelque église, Ma gondole est là, son fer droit. Et, durant tout un jour, j'ai eu toute Venise, Venise tout entière à moi (RÉGNIER, Choix de poèmes, Vestigia flammae, Paris, Mercure de France, 1932 [1921], p. 235). 2. L'art. déf. s'emploie lorsque le nom propre est suivi d'un compl. déterminatif: Un duel avec le comte, n'était-ce point attirer sur lui l'attention de tout le Paris élégant (...)? (PONSON DU TERR., Rocambole, t. 3, 1859, p. 443). L'hiver dernier, au théâtre, Maryelle avait été l'objet, paraît-il, de l'attention d'un très jeune spectateur absolument inconnu du tout Paris des rues Blanche et Condorcet (VILLIERS DE L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 335).
b) [Dans des tournures exprimant la ressemblance ou l'oppos., avec une valeur proche de la valeur adv.]
— [Pour exprimer la ressemblance] Avoir tout l'air de; ça en a tout l'air (v. air2); c'est tout le portrait de. Avise-le quand il rit. Avise: c'est tout le père Héricourt, ma chère! Tu l'as connu trop vieux pour le retrouver dans ce minois... mais c'est tout son aïeul. Voilà sa façon de porter la tête et de secouer les mèches de sa perruque (ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 62).
— [Pour exprimer l'oppos.] C'est tout le contraire, tout l'opposé.
c) [Avec une valeur restr.] Seul, unique, essentiel. C'est toute la question, tout le problème; c'est toute la différence. Tu es malheureux? Le bûcheron eut un sanglot, qui fut toute sa réponse (R. BAZIN, Blé, 1907, p. 324). P. iron. Bon à rien! Qu'à nous piller! Nous rançonner! Une infection! Nous écharper sans merci!... Voilà toute la reconnaissance! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 386).
d) [Avec une valeur de renchérissement]
) [Avec un déterm. indéf.] C'est (en faire) tout(e) un(e) + subst. attribut (p. hyperb., le subst. de caractérisation désignant une chose importante). Véritable. C'est tout un art; c'est tout un programme. Et sur ce tapis, il a vidé et étalé le contenu de ses poches. Et c'est tout un magasin qu'il couve des yeux avec une sollicitude de ménagère (BARBUSSE, Feu, 1916, p. 188). Loc. C'est toute une histoire, tout un roman. Il préparait l'encre et le papier pour répondre. C'est toute une affaire et c'est tellement difficile (PEISSON, Parti Liverpool, 1932, p. 39).
Rem. Certains ne font pas l'accord au fém.: Sulphart (...) l'avait injurié tout une soirée (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p. 262).
) Fam. Tout ce qu'il y a de plus + adj. ou subst. en empl. adj. V. plus I A 3 a. Tout ce qu'il y a de + adj. Tout le Café de la Paix nous avait acclamé quand on était venu avec tout ce qu'il y avait de chic, de jolies femmes et des drapeaux (ARAGON, Beaux quart., 1936, p. 252).
— Tout ce qu'il y a de + subst. La totalité de. Mais qui vous dit qu'ils n'ont pas souffert autant qu'ils ont dédaigné? Qui sait tout ce qu'il y a de douleurs poignantes dans les profondeurs muettes du dédain? Qu'y a-t-il de plus révoltant que l'injustice, et quoi de plus amer que de recevoir une grande injure quand on mérite une grande couronne? (HUGO, Rhin, 1842, p. 392).
2. [Précède un subst. sans déterm.]
a) [Dans diverses loc.]
♦ En tout bien tout honneur. V. bien3 I B 2 a.
— Loc. verb. Avoir toute latitude de (faire qqc.), toute liberté de/pour faire qqc., toute licence de (faire qqc.); avoir tout intérêt à (faire qqc.); avoir tout lieu de (penser qqc., croire qqc.) (v. lieu1); avoir toute confiance en qqn; donner toute satisfaction.
— Loc. adv. À toute allure; à toute(s) bride(s) ; à toute bringue (arg., v. bringue1); à toute(s) pompe(s) (v. pompe2); à toute vapeur; à toute vitesse; à toute volée ; de tout cœur ; de toute éternité ; de toute évidence ; de tout repos ; de toute urgence; en toute bonne foi ; en toute connaissance de cause (v. cause1 ex. 3); en toute conscience ; en toute franchise; en toute hâte ; en toute honnêteté; en toute liberté; en toute modestie ; en toute propriété ; en toute sécurité, en toute simplicité ; en toute sincérité; en toute vérité; selon toute apparence (v. apparence ex. 10).
— En partic. [Avec valeur d'intensité qualitative, pour marquer le très haut degré dans l'absolu] Le tout début de; au tout début, à la toute fin de (empl. critiqué des puristes, v. GREV. 1975, § 457 rem. 2, p. 429). Que les premières pages de ce cahier remontent au tout début du printemps 1818, est prouvé par le fait que, dans les conversations avec un visiteur, il est question d'un concert qui a eu lieu le 1er mars 1818 (ROLLAND, Beethoven, t. 1, 1937, p. 204). Loc. adv. De toute beauté. Loc. verb. Être à toute extrémité.
♦ Littér. [Devant un subst. abstr. évoquant une qualité (v. aussi toute-puissance)] L'être le plus souillé retrouve l'innocence Dans sa toute tendresse [de Dieu] et sa toute puissance (HUGO, Fin Satan, Paris, Hetzel-Quantin, 1886 [1885], p. 339). Ô masse de béatitude, Tu es si belle, juste prix De la toute sollicitude Des bons et des meilleurs esprits! (VALÉRY, Charmes, 1922, p. 141).
b) (Être) tout + subst.
) [Accordé avec le subst. qui suit] Mon père était toute intelligence, toute clarté (É. HENRIOT, Livre de mon père, p. 110 ds GREV. 1986, § 616 b 1, p. 982).
) [Fonctionne comme épith. à valeur d'adv. intensif] La nature l'y forcera, qui est toute alternances, qui est toute contractions et détentes (MONTHERL., Aux fontaines du désir, p. 240, ds GREV. 1986, § 616 b 1, p. 982).
— [Devant un nom propre] L'Angleterre est toute Shakespeare, et, jusque dans ces derniers temps, il a prêté sa langue à Byron, son dialogue à Walter Scott (CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 504).
Rem. 1. Quand le genre et le nombre du suj. et du subst. qui suit sont les mêmes, les 2 empl. et se confondent: Eh bien, cœur à moi, je serai consolée par une pensée de femme. N'aurais-je pas possédé de toi l'être jeune et pudique, toute grâce, toute beauté, toute délicatesse (BALZAC, Femme aband., 1832, p. 298). 2. Ailleurs, on ne peut pas faire le départ avec l'empl. adv. (v. tout2 A 4): La merveille est l'encadrement, tout tiré de Rabelais. À votre droite, au plus haut, c'est l'enfant gâté, tout caprice, sensualité, gourmandise (MICHELET, Journal, 1857, p. 365).
— Fam., pop. C'est tout + subst. plur. sans art. [La série entière désignée présente tel caractère (exprimé par le subst.)] On rôde autour de fermes endormies, ou bien on va terrifier une femme qui montait coucher ses petits, une bougie à la main. Quand on parle de cela à la ferme, Monpoix grogne:— C'est tout espions, dans ce pays, gamin (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p. 119).
— [Avec valeur d'adv.] C'est tout bénéfice. Enfin, si les gens en ont assez d'être bien portants, et s'ils veulent s'offrir le luxe d'être malades, ils auraient tort de se gêner. C'est, d'ailleurs, tout bénéfice pour le médecin (ROMAINS, Knock, 1923, III, 3, p. 16).
c) Pour tout + subst. sans art. En fait de, pour seul, unique. Pour tout bagage; pour toute nourriture; pour toute réponse. Bientôt, séduite par les promesses de son galant, elle débarquait avec lui quai de Jemmapes, ne possédant pour tout bien qu'une valise d'osier et des souvenirs d'orpheline (DABIT, Hôtel Nord, 1929, p. 32).
— Au fig. Pour tout potage.
Rem. Pour tous + subst. plur.: Nos corps nus et glacés n'ont pour tous vêtements Que les haillons troués de la riche Angleterre (BARBIER, Ïambes, 1840, p. 214). P. iron. Leurs jambes pour toutes montures, Pour tous biens l'or de leurs regards, Par le chemin des aventures Ils vont haillonneux et hagards (VERLAINE, Poèmes saturn., 1866, p. 68). Il couve un vieux poignard tordu par cent batailles, Qui n'a pour tous joyaux qu'une rouille de sang (SAMAIN, Chariot, 1900, p. 178).
3. [En fonction d'attribut]
— (Être) tout(e) à qqc. Être entièrement pris par. Pour l'instant, elle était toute au rire qui l'avait saisie, quand, en sa présence, j'avais roulé à terre (BENOIT, Atlant., 1919, p. 180).
— (Être) tout(e) à qqn. Être entièrement à la disposition de quelqu'un, généralement en parlant d'une femme, dans des relations amoureuses. Pour rester libre, ne pas l'épouser si je ne voulais pas, pour pouvoir aller à Venise, mais pourtant l'avoir d'ici là toute à moi, le moyen que je prendrais ce serait de ne pas trop avoir l'air de venir à elle (PROUST, Sodome, 1922, p. 1113).
— [P. réf. à saint Paul, I Cor. IX, 22] Se faire tout à tous. Se mettre, être au service de tous. Je voudrais bien répondre à ce monsieur du journal. Car, comme vous savez, j'aime assez causer. Je me fais tout à tous, et ne dédaigne personne; mais je le crois fâché (COURIER, Pamphlets pol., Lettres partic., 2, 1820, p. 66):
• 1. On connaît le mot célèbre de saint Paul: « Je me fais tout à tous, grec avec les Grecs, juif avec les Juifs ». Mais, au fur et à mesure que la société et la civilisation chrétiennes prennent consistance, cette adaptation devient moins spontanée, parce qu'on va d'un noyau solide d'habitudes chrétiennes vers les ténèbres extérieures d'un monde païen.
Philos., Relig., 1957, p. 46-2.
♦ Être tout(e) à tous. Publiez votre pensée. Ce n'est pas un droit, c'est un devoir, étroite obligation de quiconque a une pensée, de la produire et mettre au jour pour le bien commun. La vérité est toute à tous. Ce que vous connaissez utile, bon à savoir pour un chacun, vous ne le pouvez taire en conscience (COURIER, Pamphlets pol., Pamphlet des Pamphlets, 1824, p. 214).
— (Être) tout(e) de (suivi d'un subst. sans art.). Entièrement formé de. Point de surprise. Dans notre vie, qui est toute d'attente, d'espérances, d'impatiences (GONCOURT, Journal, 1860, p. 766).
— Littér. [Après un verbe pronom.] Un autre jour, ces mêmes choses, ils en plaisantaient à demi-mot. Alors elle se détendait toute: un rien déridait sa jeunesse persistante (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 504).
B. — [Marque l'idée de totalité]
1. [Précède un déterm. au plur. ou bien un pron.]
a) Tous les, toutes les + subst. plur. L'ensemble de, la totalité de (personnes ou choses nombrables), sans exception. Tous les hommes; tous les siens; tous les autres; tous ceux-ci; de toutes ses forces. Il n'y a plus de maîtres; les titres sont abolis, tous les Français sont égaux et libres (SANDEAU, Mlle de La Seiglière, 1848, p. 9). Je le savais vainqueur à tous les sports, à la nage et au canotage surtout (GIDE, Si le grain, 1924, p. 442). Proverbes. Tous les chemins mènent à Rome (v. chemin); la nuit tous les chats sont gris (v. chat1 II B 4).
— Expr. À tous les coups l'on gagne (v. coup); de tous les diables (v. diable1); aller à tous les diables (v. diable1); gagner sur tous les tableaux (v. tableau).
— [Au sens de « n'importe lesquels, bons ou mauvais »] Tous les moyens sont bons (v. moyen2); (en dire, en faire voir) de toutes les couleurs (v. couleur).
b) [Pour marquer la périodicité, la fréquence] Toutes les fois que ; tous les jours (v. jour); tous les ans; tous les mois; tous les matins; tous les soirs; tous les dimanches; tous les trente-six du mois; toutes les vingt-quatre heures; tous les combien? (fam.); toutes les cinq minutes. On change d'étoile polaire tous les 26 920 ans (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 205):
• 2. Les canots-majors volaient sur l'eau; six ou huit paires d'avirons, rigoureusement synchrones, leur donnaient des ailes brillantes qui jetaient au soleil, toutes les cinq secondes, un éclair et un essaim de gouttes lumineuses.
VALÉRY, Variété III, 1936, p. 235.
— [Suivi d'une unité de longueur, pour exprimer l'idée d'intervalle] Tous les cent pas, un cimetière minuscule, serré entre deux logis, entasse les unes sur les autres ses trois douzaines de vieilles tombes (FARRÈRE, Homme qui assass., 1907, p. 147).
2. [Sans autre déterm. du subst.]
a) [Devant un subst. sans art.] Toutes et quantes fois; toutes sortes de; avoir tous pouvoirs sur; cesser toutes relations. L'hôtel-de-ville est composé de tous aristocrates qui s'entendent avec le roi (Le Moniteur, t. 2, 1789, p. 531). Les États Généraux implorent la paix à toutes conditions (TAINE, Philos. art, t. 2, 1865, p. 79).
b) [Devant un subst. sans art. suivi d'un part., d'un adj. ou bien d'un adv. de lieu] Toutes affaires cessantes (v. affaire); tout compte fait, tous comptes faits (v. compte); tous frais payés (v. frais2); toutes proportions gardées (v. gardé); toutes choses égales d'ailleurs/par ailleurs (v. égal); toute(s) réflexion(s) faite(s) ; toutes voiles dehors (v. voile2); toutes griffes dehors (v. griffe1). Au Vésinet, toutes lumières éteintes, impossible de se faire ouvrir aucune porte (BRETON, Nadja, 1928, p. 108). Au bout de l'usine, un grand cabaret désert, comme abandonné, toutes fenêtres closes (VAN DER MEERSCH, Invas. 14, 1935, p. 180).
♦ ADMIN., DR. Toutes choses demeurant en l'état; tous droits réservés.
c) [Dans des tournures à fonction adj.]
♦ DÉFENSE. Tous azimuts. Dans toutes les directions. La défense « nucléaire » de la France doit devenir, dans les prochaines années, une « défense tous azimuts », expression nouvelle et qui fera fortune, c'est-à-dire capable de se protéger de tous les côtés et de frapper n'importe quelle puissance sur le globe (L'Express, 4 déc. 1967 ds GILB. 1971). Au fig. Dans des domaines très divers; de toute sorte, en tous genres. Avec son humanisme tous azimuts, ses curiosités rares, (...) son goût des langues, la façon tout ensemble débonnaire et rugueuse dont elle administre une culture hors du commun, Marguerite Yourcenar pourrait apparaître, à un jeune lecteur français de 1978, comme une sorte particulièrement intimidante de monument historique (Le Point, 2 oct. 1978, p. 158, col. 1). [En parlant de pers.] De toutes catégories, de tous niveaux. Flaine et Val-d'Isère inaugurent des pistes pour skieurs tous azimuts (L'Express, 17 nov. 1969 ds GILB. 1971). Empl. adv. De tous côtés. Il se croyait si riche qu'il lançait tous azimuts des programmes de déve-loppement accéléré: complexes pétrochimiques, installations portuaires ultramodernes ou encore sites touristiques de rêve (Le Nouvel Observateur, 21 janv. 1983 ds R. Trad. 1983 n° 19, p. 36).
♦ Toutes catégories. Qui concerne toutes les catégories sportives. Au hit-parade des nouvelles vacances « musclées », trois champions toutes catégories dominent la scène: les randonnées, la voile et le tennis (Le Point, 11 avr. 1977, p. 71).
♦ Tous publics. Adapté à tous les publics. Tous les grands quotidiens et grands magazines « tous publics » ont perdu de leur audience depuis 1965, tandis que la baisse d'influence des grandes chaînes de radio a commencé un peu plus tard et celle des chaînes de télévision en 1977 seulement (Le Nouvel Observateur, 27 sept. 1980, p. 116, col. 2).
♦ Tous risques. Qui couvre toutes les sortes de risques. Assurance tous risques. Assistance tous risques (L'Express, 29 mai 1981, p. 114, col. 1).
♦ Tous temps ou, au sing., tout temps. Par tous les temps. Les systèmes d'atterrissage tout temps (ATT) permettent aux avions de se poser automatiquement (Le Point, 4 déc. 1978, p. 99, col. 2).
♦ Tous terrains ou, au sing., tout(-)terrain. V. terrain A 1 d.
d) Littér. [Devant un subst. plur. sans art., servant à récapituler une suite de termes dans une énumération] Synon. de autant de. Toutes choses qui/que... Autour de lui et dans son conseil, on voyait Tanneguy-Duchâtel, Barbazan, le président Louvet, maître Robert-le-Masson, tous gens qui pouvaient espérer une haute fortune avec leur maître (BARANTE, Hist. ducs Bourg., t. 4, 1821-24, p. 196).
3. [Dans des loc. adv. et des tours prép., avec ou sans art., parfois au sing ou au plur.] À tous les coins de rue (v. coin2), à tous (les) coups (v. coup), à tous crins (v. crin); à tous égards (v. égard); à toutes mains (v. main); à toutes les sauces (v. sauce); à tous vents (v. vent); [valeur intensive, avec un subst. concr.] à toutes jambes (v. jambe); à toutes voiles (v. voile2); à toutes fins utiles (v. fin1); de tous côtés (v. côté); de tous les côtés; de toutes les façons; de toutes les manières; de toutes parts (v. part1); en tous points (v. point1); en tous lieux (v. lieu1); en tous cas, dans tous les cas (v. cas1); en tous sens, dans tous les sens (v. sens2); en toutes lettres (v. lettre); sous toutes réserves (v. réserve).
— [Avec un subst. concr.] Sembrano arrivait à toutes pédales, agitant le bras droit (MALRAUX, Espoir, 1937, p. 497).
Rem. Parfois le sing. l'emporte sur le plur., ou l'usage hésite entre le sing. et le plur.: à toute(s) bride(s) ; de toute(s) part(s) (v. part1); en tout point, en tous points (v. point1); à toute(s) pompe(s) (arg., v. pompe2).
4. [Devant un nom de nombre, avec ou sans art.] Tous deux; toutes trois; tous les quatre. La baronne de Bonmont offrit aux Gromance de les reconduire chez eux dans sa voiture (...) — Montez! nous tiendrons bien tous les trois (A. FRANCE, Bergeret, 1901, p. 144). Tous quatre burent à la santé d'Olivier (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1168).
C. — Au sing. [Marque l'idée de distributivité exhaustive, « intensionnelle » et virtualisante (dans ce sens, il est proche de chaque)]
Rem. 1. Tout est distributif: il signifie le parcours d'une classe et dit que le prédicat vaut exhaustivement pour les éléments, pris un à un, que cette classe comporte. Ainsi Tout homme est mortel s'oppose à L'homme est mortel. Dans L'homme est mortel, on parle de l'entité homme, conceptuellement définie. Dans Tout homme est mortel, on parle des éléments homme pris un à un. Comparez La soumission est humiliante (c'est une caractéristique de la soumission d'être humiliante) et Toute soumission est humiliante (« toute forme de, toute espèce de... »: à défaut d'individus, on parcourt l'ensemble des sous-classes que soumission détermine). 2. Comme le, tout est « intensionnel ». Il s'oppose en cela à tous les qui est extensionnel. Tous les hommes sont mortels est vrai extensionnellement des individus dénommés « hommes ». Tout homme est mortel signifie que si un individu x, quel qu'il soit, répond à la définition « être homme », alors cet individu est mortel, pour un individu quelconque, la propriété « être homme » entraîne celle de « être mortel ». Toutes les soumissions sont humiliantes, si cet énoncé est acceptable, signifie extensionnellement que tous les actes de soumission le sont, alors que Toute soumission est humiliante signifie intensionnellement que toutes les formes de soumission le sont. 3. Tout est virtualisant, en ce sens qu'il opère sur une classe virtuelle. C'est en cela qu'il s'oppose à chaque, qui suppose une classe fermée, actuelle si l'on préfère. Que l'on compare les deux énoncés Chaque candidat aura accès à son dossier et Tout candidat aura accès à son dossier. Dans le premier cas, on pose qu'il y a un nombre donné de candidats; ce qui est dit est vrai de chacun d'eux. Dans le second, ce qui est dit est vrai de quelque candidat que ce soit, sans qu'on se prononce sur leur existence effective dans une situation déterminée. En d'autres termes, le premier énoncé est actuel, le second virtuel. Une conséquence importante est qu'avec tout, on utilise difficilement les temps du passé (? Tout candidat a eu accès à son dossier; mais: Chaque candidat a eu accès à son dossier); c'est que, dans le passé, la classe de candidats est strictement finie, actuelle et non pas virtuelle. Tout retard sera sanctionné peut être vrai même s'il n'y a pas de retardataires: on envisage seulement la possibilité qu'il y en ait et s'il y en a, ce qui est dit est vrai de chacun d'eux. Tout marque ainsi une forte affinité avec les éléments virtualisants: auxiliaires de mode (une pure distraction, comme il peut en arriver à tout homme énervé), conditionnel (toute velléité de résistance disparaîtrait), négation (soucieux d'éviter tout éclat). Actuel, chaque se prête à l'énumération exhaustive (Chaque candidat, à savoir Pierre, Paul...), ce qui n'est pas le cas de tout (Tout candidat, à savoir Pierre, Paul...). De même tout est impossible chaque fois que le mot chaque est commutable avec chacun des (où la possibilité d'inexistence est exclue): Chaque camarade lui offrira un cadeau (« chacun de ses... »)(v. G. KLEIBER, R. MARTIN, La Quantification univ. en fr. ds Semantikos 1977 t. 2 n° 1, pp. 19-36 et R. MARTIN, Pour une logique du sens, 1983, pp. 176-183); tout est généralisant, chaque individualisant.
1. Tout homme; toute chose (v. chose1). Toute peine mérite salaire (v. mériter); à tout seigneur tout honneur; à tout péché miséricorde; faire flèche, faire feu de tout bois (v. flèche1 et feu1). « Tout condamné à mort, dit le Code, aura la tête tranchée »; cela est net, sec et froid; cela ne laisse à l'entendement aucune alternative (GOURMONT, Esthét. lang. fr., 1899, p. 303). Aimer c'est aimer autre chose que soi. Et l'amour n'est pas si rare; il coule avec la vie; tout est amour; et la vie est un héroïsme de tout instant (ALAIN, Propos, 1914, p. 188).
— [Avec une nég., la nég. portant sur tout et le subst., et non pas sur l'ensemble de la phrase] Toute vérité n'est pas bonne à dire (v. bon1). Je trouve permis de penser que toute architecture n'est pas concrète, toute musique n'est pas sonore (VALÉRY, Variété III, 1936, p. 158).
— [Avec un subst. abstr.] Abandonner toute pudeur; perdre toute dignité; laisser toute espérance; avoir toute honte bue. Un instant, elle avait cru se rattacher à une grande famille (...) Mais, aujourd'hui, tout espoir est perdu (DUMAS père, Halifax, 1842, I, 7, p. 58).
— Loc. Tout un chacun, tout chacun (fam.); toute sorte de, toute espèce de (suivi d'un subst. sing. ou plus souvent plur.). Tout(e) autre. N'importe quel(le) autre. Tout le monde vit alors cette femme si réservée et on la trouva charmante. Avec toute autre, j'aurais fait une haute imprudence (MICHELET, Journal, 1857, p. 348).
Rem. À distinguer de l'adv. tout (à fait) autre: Mais c'est toujours l'opération qui me l'a complètement bouleversée!... Ah! C'était une tout autre femme!... Ah! Si tu l'avais vue avant!... Autrefois! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 498).
2. [Après prép., formant des loc. adj. ou des loc. adv.] À tout âge; à tout coup; à toute heure (du jour, de la nuit); à tout hasard ; à toute épreuve ; à toute occasion; à tout point de vue, à tous points de vue; à tout prix ; à tout propos ; à tout venant, à tous venants; contre toute attente; de tout côté ; de toute façon; de toute manière ; de tout point (v. point1); de toute sorte ; de tout temps ; en tout temps ; en tout cas (v. cas1); en tout genre; en tout lieu (v. lieu1); en toute occasion; en tout état de cause; avant toute chose; sur toute chose (v. chose1). M. Honoré Fortier, s'il ne l'exprimait pas, prouvait cependant, en toute occasion, la confiance qu'il avait dans l'expérience et dans la probité de son premier domestique (R. BAZIN, Blé, 1907, p. 60).
II. — Pron. indéf.
A. — Au plur. Tous, toutes. [Marque l'idée de totalité sans exception]
1. [Comme pron. représentant]
a) [Reprenant un pron. pers. ou un subst. désignant des pers. ou des choses] Ils oublient cette maxime de l'apôtre: « Ne méprisez aucune doctrine, éprouvez-les toutes, et retenez celles qui sont bonnes » (BONALD, Législ. primit., t. 1, 1802, p. 9). Une nuée de femmes enveloppa le maître (...) il (...) disait à toutes des choses faciles et jolies qui les enchantaient (A. FRANCE, Barbe-Bleue, Chemise, 1909, p. 281).
♦ [Renforçant un pron. pers. tonique] Pour la nuit, d'abord, il leur avait trouvé un endroit à peu près sec, entre deux rigoles, où ils s'étaient allongés, n'ayant plus, à eux tous, qu'une toile (ZOLA, Débâcle, 1892, p. 442).
♦ Loc. Une fois pour toutes. [Comme compl. d'un superl.] Le premier, le dernier de tous; la pire, la dernière de toutes. [Renforcé] Tous ensemble; tous à la fois; tous en même temps; tous tant que nous sommes.
— [Dans des tours attributifs] — Moins cinq, dit Tchen. Les hommes de son groupe attendaient. C'étaient tous des ouvriers des filatures, vêtus de toile bleue; il portait leur costume. Tous rasés, tous maigres, — tous vigoureux: avant Tchen, la mort avait fait sa sélection (MALRAUX, Cond. hum., 1933, p. 243).
— [Pour récapituler] Sur les douze jurés, il y a trois cultivateurs, deux officiers retraités, un médecin d'Aygueperse, deux boutiquiers, deux propriétaires, un manufacturier, un professeur, tous des braves gens, des hommes de famille et qui voudront un exemple (BOURGET, Disciple, 1889, p. 228).
b) [Désignant des pers. ou des choses suggérées par le cont.] Tous [les paysans du contingent de Fougères] avaient sur l'épaule un gros bâton de chêne noueux (BALZAC, Chouans, 1829, p. 4). Je ne veux que votre bonheur à tous et à toutes (HUGO, Corresp., 1862, p. 410):
• 3. « Encore faut-il que tu me dises tes péchés. Quels sont tes péchés? » Il me regarde étonné et me répond: « Mais tous! » « Comment, tous? » « Oui, tous. J'ai fait tous les péchés. » Je secoue la tête: « Tous, mon ami, c'est beaucoup!... »
A. FRANCE, Orme, 1897, p. 77.
— [Dans des tours attributifs] C'est heureux qu'il n'ait pas rencontré Ganache, il était capable de tirer dessus. C'est tous la même race, qu'il dit (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 164).
— [En fonction de compl. prép.] « Bonne chasse, monsieur Alexandre? » À tous et à toutes Alexandre répondait, le ton détaché, négligent, comme il avait entendu dire au château: « Non, je n'ai rien vu » (A. DAUDET, Pte paroisse, 1895, p. 312).
2. [Comme nominal] Tous les hommes, tout le monde; en partic., toutes les personnes d'une catégorie, d'une collectivité. Qui produit le blé, c'est-à-dire le pain pour tous? Le paysan! (R. BAZIN, Blé, 1907, p. 107). [En corrél. avec chacun] V. part1 I B 1 ex. de Hugo. Loc. Envers et contre tous (v. envers1). Tous les mêmes! (v. même I B 1 loc.). [Dans une tournure subst.] On s'expliquerait le tous à tous, dans l'immense fraternité des affections apprises au centre de la famille (BLONDEL, Action, 1893, p. 263).
B. — Au sing. Tout, pron. ou nom.
1. [Marque l'idée d'intégralité] Tout dans sa physionomie était délicatesse, effacement, demi-teinte, depuis la nuance de ses cheveux châtains jusqu'à celle de ses prunelles, d'un gris un peu brouillé, dans un visage ni trop pâle ni trop rose (BOURGET, Disciple, 1889, p. 121). Jamais je ne signe un effet de commerce. Je paye tout comptant (HERMANT, M. de Courpière, 1907, III, 5, p. 24).
♦ Tout ou partie de. En tout ou en partie. Les articles 1048, 1049 et 1050 du Code civil sont formels:« Les biens dont les père et mère ont la faculté de disposer pourront être par eux donnés, en tout ou en partie, à un ou plusieurs de leurs enfants, par actes entre vifs ou testamentaires (...) » (JAURÈS, Ét. soc., 1901, p. 200).
♦ Tout ou rien. Pas de milieu, pas de gradation. Pas de moyen terme. La grâce ou la mort... (...). La justice du XVIe siècle? Tout ou Rien. Et quand la justice a dit Tout, ou bien Rien, le Roi intervient. Pour nuancer, lui? pour doser? Non. Le Roi donne librement non pas sa justice mais sa pitié. Elle peut tomber sur un indigne (L. FEBVRE, La Sensibilité et l'hist., [1941] ds Combats, 1953, p. 228). Empl. subst. masc. Solution extrême, radicale, sans compromis. Pour l'élève, c'était le « tout ou rien ». S'il manquait l'objectif prescrit, il n'avait pas de recours à un stade inférieur (Encyclop. éduc., 1960, p. 284).
PHYSIOL. Loi du tout ou rien. ,,Loi selon laquelle les impulsions nerveuses sont toutes d'égale amplitude, leur fréquence seule variant avec l'intensité du stimulus`` (MILL. Vision 1981). Loi du tout ou rien, lorsqu'une fibre se contracte, elle se contracte au maximum de sa capacité, et par ailleurs, le nombre de fibres ou de fibrilles qui entrent en action est d'autant plus important que l'excitation a été plus intense (QUILLET Méd. 1965, p. 371).
TECHNOL. (automatique). Commande par tout ou rien. ,,Commande dont seule intervient la présence ou non du signal, son intensité n'intervenant pas`` (PEYROUX Techn. Métiers 1985). Réglage par tout(-) ou(-)rien. Depuis cinquante ans, la plupart des émissions sont constituées de signaux télégraphiques, donc manipulés par tout ou rien, en ondes entretenues pures depuis l'abandon des ondes amorties (DECAUX, Mesure temps, 1959, p. 106).
♦ Tout compris.
2. a) Toute chose. Il est le seul Dieu vivant; créateur de tous les aliments, dont toutes les créatures sont bonnes, et qui a mis abondamment toutes choses à notre usage (...). Dieu a tout créé, et il s'est reposé le septième jour (Théol. cath. t. 4, 1 1920, p. 1021).
♦ Proverbes. Tout passe, tout lasse, tout casse (v. lasser). Il y a un commencement à tout.
— P. ext. Beaucoup de choses; la plupart des choses en question. Avoir des clartés de tout (v. clarté). Lui, qui avait été l'homme unique dans l'hôtel, et bon à tout (...) se voyait réduit présentement à la seule toilette du maître, sèche, contrainte, silencieuse (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 154). Mademoiselle Philippine Gobelin, bonne ménagère et grande liseuse, d'une étendue d'esprit qui allait de la prudence à la folie, comique et mélancolique, qui avait tout lu et tout retenu (A. FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 503).
♦ Proverbes. Tout vient à point à qui sait attendre; tout est bien qui finit bien (v. bien2) ; tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes; quand le bâtiment va tout va; tout est perdu fors l'honneur ; tout y va, la paille et le blé.
♦ Loc. Tout s'explique (v. expliquer); tout va très bien Madame la marquise ; c'est la fin de tout (v. fin1). Fam. Envoyer tout promener, tout paître. Nous prîmes congé, avec des vœux et la promesse de nous revoir bientôt à Paris, le portier jurant d'envoyer tout valser et de rentrer dare-dare prendre sa retraite dans son village natal des Carpathes (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 46).
SYNT. Savoir tout; avoir réponse à tout; tout dire à qqn; avoir tout entendu; tout va (très) bien; tout n'est pas rose; tout essayer; tout s'est bien passé; acheter, vendre (un peu) de tout.
b) L'essentiel. Avoir tout; avoir tout pour plaire, pour être heureux; manquer de tout; avoir tout à gagner, à perdre. Et voilà pourquoi ce magasin ne travaille plus comme autrefois: c'est parce que je n'avais personne à nourrir. Mais maintenant, Sainte-Bonne Mère, ça change tout... Une femme et un petit, à moi? (PAGNOL, Fanny, 1932, II, 6, p. 137).
— Être tout pour qqn. Être le centre exclusif d'intérêt pour quelqu'un; en partic., être pour quelqu'un un objet d'affection exclusif. Mes soldats et mes tambours ne m'étaient plus de rien (...). Cette poupée était tout pour moi (A. FRANCE, Bonnard, 1881, p. 286). Il était touché de ce dévouement; il savait qu'elle lui était la meilleure des amies, le seul être pour qui il fût tout, et qui ne pût se passer de lui (ROLLAND, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1491).
— Être tout. Être quelque chose de très important. Ne peut-on pas espérer que l'humanité reviendra un jour à cette belle et vraie conception de la vie, où l'esprit est tout, où personne ne se définit par son métier, où la profession manuelle ne serait qu'un accessoire auquel on songerait à peine (...)? (RENAN, Avenir sc., 1890, p. 395).
— Tout est là. Là réside l'essentiel, l'important. Gagner du temps, tout est là, dans la vie! (FEYDEAU, Dame Maxim's, 1914, II, 8, p. 46). Tout est dans + subst. Le bourreau: Le métier c'est le métier. Tout est dans la délicatesse du nœud et la distance des pieds au bûcher (SALACROU, Terre ronde, 1938, III, 2, p. 247).
c) Loc. et expr.
— Tout se passe comme si. Non seulement il [le fénech] s'adresse, pour un seul repas, à une centaine de ces touffes brunes, mais il ne prélève jamais deux coquilles voisines sur la même branche. Tout se passe comme s'il avait la conscience du risque (SAINT-EXUP., Terre hommes, 1939, p. 226).
— Loc. adv. à valeur conclusive. Tout est dit; pour tout dire; c'est tout dire. On ne peut rien dire de plus. Une fois le coup de scie donné, tout est dit (VALLÈS, Réfract., 1865, p. 30). Une âme vive, émue, expansive, passionnée et généreuse, magnanime pour tout dire (BARRÈS, Cahiers, t. 5, 1906, p. 58). À tout prendre ; tout bien pesé. Le ressort intime et profond du développement des sociétés occidentales à l'âge industriel est, tout bien considéré, la visée de valeurs sans prix, qui défient les plus ingénieux des comptes (Univers écon. et soc., 1960, p. 407).
♦ C'est tout. Il n'y a rien d'autre à ajouter. Vous serrerez cela soigneusement dans la poche intérieure de votre dolman, reprit le sous-officier comptable. C'est tout. Vous pouvez vous retirer (COURTELINE, Train 8 h. 47, 1888, p. 52). [À la fin d'une énumération, ou d'une déclaration catégorique] Un point c'est tout (v. point1).
Ce n'est pas tout. Il y a encore autre chose d'important. Nous avons une comptable, une cuisinière, une repasseuse, deux servantes, les trois commises de la boucherie. Mais ce n'est pas tout! Ce n'est pas tout! (AUDIBERTI, Femmes Bœuf, 1948, p. 114).
Ce n'est pas tout (que) de + inf. Il ne suffit pas de. Ce n'est pas tout d'avoir la foi, que d'avoir la foi, il faut faire de bonnes œuvres (Ac. 1798-1878). Synon. plus usuel ce n'est pas le tout de (v. tout3). Ce n'est pas tout que + subj. Ce n'est pas tout que la France soit sauvée par les armes, il faut qu'elle trouve son équilibre et sa reconstitution (BARRÈS, Cahiers, t. 12, 1919, p. 198). Fam. Ce n'est pas tout ça. Ce n'est pas tout ça, s'écria Rodays, comme frappé d'une idée subite. Qui va faire l'article? (L. DAUDET, Brév. journ., 1936, p. 22).
♦ Voilà tout. [Pour marquer que ce qui est ainsi fini n'était pas très important] — (...) La petite Clément m'a dit que l'an dernier, ici même, vous aviez échangé des paroles qui pouvaient lui faire croire... — C'est bien possible, dit Vial. Cette année, c'est changé, voilà tout (COLETTE, Naiss. jour, 1928, p. 50).
— Pop., fam. Avoir tout de suivi d'un subst. au sing. avec l'art. déf. et valeur péj.. Avoir toutes les caractéristiques de, ressembler en tous points à. V. cuistancier dér. s.v. cuistance ex. de Barbusse. Arg. Avoir tout de la vache. Être méchant. Il t'donne un bon conseil et tu l'envoies ch... T'as tout d'la vache (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p. 74).
— Pop., fam. Adj. + comme tout. Extrêmement. [En compl. de compar. ou de superl.] Plus que tout; le pire de tout. Les journées se suivaient, mauvaises. Le pire de tout, peut-être, c'était cette menace multiforme, imprécise, qui traquait Raboliot partout, qu'il traînait nuit et jour, collée à lui (GENEVOIX, Raboliot, 1925, p. 170).
— À tout faire (v. faire1). Bonne à tout faire (v. bon1). À tout casser.
d) N'importe quoi de bon ou de mauvais. Être capable de tout, décidé à tout, prêt à tout; s'adapter à tout; s'habituer à tout; s'attendre à tout; tout lui est bon. Point de compromis surtout! Vous m'entendez tous! Que j'aille à présent cajoler mes bourreaux?... Le fer! Le fer! Le feu plutôt!... Tout! Mais pas ça! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 546).
— Loc. verb.
♦ Faire argent de tout. Faisant argent de tout, par exemple, même de sa beauté à l'occasion (LOTI, Mon frère Yves, 1883, p. 128). Faire arme de tout. J'ai des parents engagés dans cette terrible carrière de la politique, où l'on se fait arme de tout, où l'on ne trouve aucun état assez relevé, paraît-il (VOGÜÉ, Morts, 1899, p. 329).
♦ On aura tout vu! [Pour s'indigner d'un acte, d'un comportement] — Je suis pacifiste, dit Philippe prêt à pleurer. — Pacifiste! répéta Maurice avec stupeur. On aura tout vu! (SARTRE, Sursis, 1945, p. 153).
e) [Avec une valeur récapitulative, servant à reprendre les termes d'une énumération] Sans même avoir pris garde, semble-t-il, que le mulet en question n'était plus le sien et qu'on le lui avait changé (de taille, de robe, d'âge, de tout) (RAMUZ, Gde peur mont., 1926, p. 93). [Pour récapituler des actions] Crainquebille: Qu'est-ce que tu bricoles pour vivre? La souris: (...) je crie les journaux, je fais les commissions. Tout, quoi! (A. FRANCE, Crainquebille, 1905, 1er tabl., 3, p. 245). Là il s'est alors dépêché... Deux jours après on les a reçus les exemplaires... Expédiés, bandés, collés, timbrés, tout! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 516).
♦ [Pour annoncer une énumération] Ce millionnaire, le père Labille, qui avouait avoir tout eu, fortune, santé, bonheur de ménage (GONCOURT, Journal, 1860, p. 732).
— [Comme pron. de renforcement, de reprise, d'insistance] Je regarde la mer bleue de Tunis, au bout des avenues blanches, et tout m'est égal, tout, jusqu'aux jugements que ne manqueront point de porter sur moi mes meilleurs amis (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p. 239).
— Fam. Et tout (et tout). [Pour renchérir sur un terme, dans la conversation] Et quantité d'autres choses du même genre. Dans cette turne de sous-off' que je partage avec deux autres ronfleurs, toute la nuit, sur mon plafond à la chaux éclairé de lune, j'ai vu défiler toute notre enfance, toute notre vie commune, le lycée, après, et tout, et tout (MARTIN DU G., Thib., Mort père, 1929, p. 1369). C'était d'ailleurs une bonne nature, Alcide, serviable et généreuse et tout (CÉLINE, Voyage, 1932, p. 191).
— Vx. [Avec valeur récapitulative ou non, désignant la totalité d'un groupe de pers., d'êtres vivants] Synon. de tout le monde (v. monde1). À l'instant tout s'assemble; Diversement armés, ils accourent ensemble (DELILLE, Énéide, t. 3, 1804, p. 49).
♦ Proverbe. Il faut de tout pour faire un monde (v. monde1).
f) [Dans des loc. adv. ou adj., après une prép.] Après tout ; au-dessus de tout; par-dessus tout (v. dessus1); malgré tout.
— Au-dessous de tout. Très médiocre. Être un homme moderne, nuance États-Unis, expliquait aussi pourquoi la table du baron était systématiquement au-dessous de tout (un homme d'affaires doit avoir l'esprit libre, et par conséquent l'estomac libre; la gourmandise est d'ailleurs un goût « du passé ») (MONTHERL., Célibataires, 1934, p. 771).
— Avant tout. Principalement. Je suis Français, mon pays avant tout! (DUMAS père, Noce et enterrement, 1826, 3e tabl., 2, p. 108).
— En tout
♦ À tous égards, en tous points. Je vous en prie, faites-moi le plaisir de ne pas toucher les boutons de l'ascenseur, vous ne savez pas le manœuvrer, il faut être prudent en tout (PROUST, Guermantes 2, 1921, p. 314). Proverbe. L'excès en tout est un défaut.
♦ Au total. Il est pion à Tunis: 3.080 francs par an — et professeur suppléant — en tout: 4.000 francs (ALAIN-FOURNIER, Corresp. [avec Rivière], 1907, p. 37).
— En tout et pour tout. Seulement. La grande bâtisse était éclairée, en tout et pour tout, par une seule lampe, très faible, qui se trouvait cachée derrière un pilier de ciment (DUHAMEL, Suzanne, 1941, p. 217).
— Ne... rien du tout; ne... pas du tout (v. pas1).
REM. -tout, élém. de compos. [Le 1er élém. est un verbe au prés., à la 3e pers. du sing.] V. essuie-tout (rem. 1 d s.v. essuyer), fait-tout, fourre-tout, mange-tout, risque-tout, va-tout.
Prononc. et Orth. Tout: [tu] devant cons.: tout signe [], [tut] devant voy. et h muet: tout art [], tout habitat [tutabita]. Fém. toute: [tut]. Plur. tous: adj. [tu]; pron. auj. [tus], prononc. encore condamnée ds LITTRÉ: ,,Quelques-uns font sentir l's du pluriel même devant une consonne: tous' viendront, ils y sont tous'; c'est une mauvaise prononciation``. Pour LITTRÉ: ,,la prononciation de tout et de tous n'est pas la même: ou dans le premier a un son moins grave que dans le second: tout et toû`` (l'accent grave indique une durée longue résultant de l'amuïssement de s finale). Fém. plur. toutes: [tut]. Homon. toue, toux, formes de tousser. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Mot indéf. I. en fonction de pron. 1. 881 plur. masc. cas suj. (Ste Eulalie, 26 ds HENRY Chrestomathie, p. 3: Tuit oram que por nos degnet preier); fin Xe s. cas régime (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 471-472: Et qui venra toz judicar A toz rendra e ben e mal); 1174-87 fém. cas suj. (CHRÉTIEN DE TROYES, Perceval, éd. F. Lecoy, 6523: Ensi tuit et totes disoient), v. S. ANDERSSON, Ét. sur la synt. et la sém. du mot fr. tout, 1954, p. 249, sqq.; 2. 937-52 neutre, désigne la totalité, cas régime (Jonas, éd. G. de Poerck, 207: seietst unanimes in Dei servicio et en tot); 2e moit. Xe s. (St Léger, éd. J. Linskill, 88); 1174-76 cas suj. (GUERNES DE PONT-STE-MAXENCE, St Thomas, éd. E. Walberg, 4405). II. En fonction d'adj. empl. avec un déterm. A. sing., signifie la totalité dans le domaine du déterminé 1. a) 2e moit. Xe s. avec un dém.; masc., régime (St Léger, 148: vol li preier Quae tot ciel miel laisses por Deu); b) avec l'art. déf. ) fin Xe s. masc. régime (Passion, 76); ca 1050 suj. [sing. coll.] (St Alexis, éd. Chr. Storey, 308: E tut le pople [...] Depreient Deu); ) fin Xe s. fém.; suj. [sing. coll.] (Passion, 33); c) ca 1050 avec un poss. ca 1050 masc., fém.; régime (St Alexis, 91: Tut sun aveir qu'od sei en ad portet; 442: Or vei jo morte tute ma porteüre); d) ca 1179 avec un indéf.; masc. sing.; régime (Renart, éd. M. Roques, 2097: Ce fu la dame dant Renart Qui vint poingnant tout un essart); 2. 2e moit. Xe s. empl. en appos. [avec un pron. pers.] (St Léger, 106: Ciel' ira grand et ciel corropt, Cio li preia, laissas lo toth; 126), v. S. ANDERSSON, op. cit., p. 147, sqq. B. Plur., signifie la totalité des êtres, des éléments déterminés d'une communauté, d'un tout 1. avec l'art. déf. a) 2e moit. Xe s. masc.; suj. (St Léger, 211: Tuit li omne de ciel païs); ca 1100 fém.; régime (Roland, éd. J. Bédier, 2691); b) associé à un adj. numéral; valeur de distributif déb. XIIIe s. tous les uit jours (Fille du comte de Ponthieu, éd. Cl. Brunel, 407), v. aussi S. ANDERSSON, op. cit., pp. 41-47; 2. avec un poss. fin Xe s. masc.; régime, suj. (Passion, 112: Contrals afanz que an a padir Toz sos fidels ven en garnid; 274: tuit soi fidel); ca 1100 (Roland, 2196); 3. avec un dém. ca 1050 masc.; suj. (St Alexis, 328: Iloc esguardent tuit cil altre seinors). III. En fonction de déterm. A. plur. 1. signifie la totalité d'une notion laissée indéterminée fin Xe s. fém., masc.; régime « toute espèce de » (Passion, 65: Li toi caitiu per totas gens Menad en eren a tormenz; 481: Per toz lengatges van parlan); 2. signifie (plus rarement) la totalité d'une notion déterminée; ca 1100 masc. suj. (Roland, 2476: Quant Carles veit que tuit sunt mort paiens); 1119 (PHILIPPE DE THAON, Comput, éd. E. Mall, 2300); 3. fin Xe s. devant un numéral cardinal (Passion, 140: Terce ves lor o demanded, A totas treis chedent envers); 1174-76 tuz quatre (GUERNES DE PONT-STE-MAXENCE, op. cit., 5218 [cf. tuit li doze 1176, CHRÉTIEN DE TROYES, Cligès, éd. A. Micha, 1128; sur ces 2 constr., v. S. ANDERSSON, op. cit., pp. 180-190]); 4. ca 1100 devant une unité de temps, marque la périodicité tuz jurz « tous les jours » (Roland, 1882, 2927). B. Sing. 1. valeur de qualificatif; signifie l'intégralité d'une notion a) fin Xe masc. tot per ver « en toute vérité » (Passion, 272); ca 1100 fém. (Roland, 391: Seit ki l'ociet, tute pais puis avriumes); ca 1280 (ADENET LE ROI, Cleomadès, éd. A. Henry, 3335: bien cuida Que ce fust toute verité, Que ele leur avoit conté); fin XIIIe s. (Dits de l'âme, éd. E. Beschmann, A 25 k: Amis, tu es toute doucheurs), v. aussi S. ANDERSSON, op. cit., p. 32, sqq.; b) ca 1100 spéc. devant un topon. tute Espaigne; tute Flandres (Roland, 224, 2327), v. aussi S. ANDERSSON, op. cit., pp. 119-120; c) id. exprime la durée (ibid., 1780: tute jur; 2528: tute noit [cf. ibid., 2644: tute la noit]), v. aussi S. ANDERSSON, op. cit., pp. 123-127; 2. ca 1050 signifie la totalité d'une notion indéterminée « toute espèce de; n'importe quel » masc.; suj., régime (St Alexis, 10: tut bien vait remanant; 58: sun seinor celeste Que plus ad cher que tut aveir terrestre). Tout (a. fr. sing. masc.: cas suj. toz, tous; cas régime tot, tout; fém.: cas suj., cas régime tote, toute; neutre: cas suj., cas régime tot, tout — plur. masc.: cas suj. tuit; cas régime toz, tous; fém.: cas suj., cas régime totes, toutes) est régulièrement issu de l'adj. lat. (d'où l'esp. port. todo), devenu à basse époque (forme blâmée comme barbarisme par le grammairien Consentius, Ve s., VÄÄN., § 112) prob. par gémination expr. (de même ital. tutto). Seule la forme tuit fait difficulté. L'explication par la var. b. lat. tutti (VIIIe s., Gl. de Cassel, éd. P. Marchot, 163; issue de par fermeture de en u par dilation sous l'infl. de i final) dans un groupe tel que tutti (homines) > tutty(omines) > tuit, se heurte au fait qu'il n'y a régulièrement pas d'apparition de y devant un groupe occlusive géminée + yod (mattia > masse). L'explication par tuti (homines) > tuiz refait en tuit, fait difficulté parce qu'en ce cas, seul le cas suj. masc. plur. reposerait sur une forme non géminée, v. cependant l'essai d'explication de J. BOURCIEZ ds Mél. Hoepffner (E.) 1949, pp. 42-43; cf. FOUCHÉ, p. 398. Totus « entier, tout entier », s'est, dans la lang. vulg., confondu avec omnis « chaque, tout », d'abord au plur. dès Plaute (Miles, 212: totis horis) et plus fréquemment à basse époque (IIIe s. TERTULLIEN; fin IVe s. Peregrinatio Aetheriae, 2, 6: toti illi montes; LÖFSTEDT, p. 69; nombreux ex. ds BLAISE Lat. chrét.); totus sing. équivalent de omnis, quivis, relevé dep. Apulée (Lat. Gramm., 1963, p. 203) devient également plus fréq. à basse époque (BLAISE op. cit.); totus est à ce moment relevé comme équivalent de summus (IVe s. VOPISCUS, AMMIEN MARCELLIN ds LÖFSTEDT, p. 69; v. aussi Lat. Gramm., loc. cit.). Bbg. ANDERSSON (S.). Ét. sur la synt. et la sém. du mot fr. tout. Lund-Copenhague-Paris, 1954, 275 p. — ATTAL (P.). Tout le monde n'est pas beau: essai sur les rapp. sém. entre tous et ne pas. Rech. Ling. Vincennes. 1972, n° 1, pp. 3-34. — BEYER (B.). Über den Gebrauch von tout im Alt- und nfrz. Rom. Forsch. 1907, t. 20, pp. 641-712. — CLÉDAT (L.). Les Emplois de tout. R. Philol. fr. 1899, t. 13, pp. 42-63. — IBRAHIM (A. H.). Effets argumentatifs de l'oppos. un/le. Semantikos. 1980, t. 4, n° 2, pp. 1-15. — JONASSON (K.). L'Art. indéf. générique... Trav. Ling. Litt. Strasbourg. 1986, t. 24, n° 1, pp. 312-314. — KALEPKY (Th.). Syntaktisches: tous les deux und tous deux. Z. fr. Spr. Lit. 1912, t. 39, pp. 112-118. — KAYNE (R. S.). Synt. du fr. Paris, 1977, pp. 13-71. — LEMIEUX (M.), CEDERGREN (H. J.). Les Tendances dynamiques du fr. parlé à Montréal. Québec, 1985, t. 2, pp. 7-89. — MULLER (Cl.). À propos de l'indéf. générique. In: Rencontres avec la généricité, éd. par G. Kleiber. Paris, 1987, pp. 225-229. — QUEM. DDL t. 38, 40. — REID (T. B. W.). Notes on Fr. syntax. Mod. Lang. Rev. 1939, t. 34, pp. 541-549. — ROHRER (Ch.). Zur Bedeutung von tout und chaque im Frz. In:[Mél. Wandruszka (M.)]. Tübingen, 1971, pp. 509-517. — TAMINE (J.). Introd. à la synt.: le déterm. tout. Inform. gramm. 1985, n° 26, pp. 29-31. — VOGÜÉ (S. de). Réf., prédication, homon. Thèse, Paris VII, 1985, t. 1, pp. 348-354.
II.
⇒TOUT2, adv.
D'une façon intégrale, absolue.
A. — [Suivi d'un adj. ou d'un syntagme à fonction adj. (ou bien de certains pron. corresp. à des adj. déterminatifs)] Synon. complètement, entièrement.
1. [Suivi d'un adj. qualificatif] Tout blanc; tout noir; tout jeune; tout petit; tout neuf; tout naturel; tout seul. Il avait devant lui (il n'en doutait pas) un de ces hommes dont l'expérience est tout intérieure, comme formés par le dedans et dont l'équilibre n'est pas aisément rompu (BERNANOS, Soleil Satan, 1926, p. 217). Un trousseau de clefs, attachées (...) par une ficelle, toute cotonneuse d'aspect, tant elle était usée (MONTHERL., Célibataires, 1934, p. 739). Ç'a été un succès le premier numéro de la revue, Robert et Henri étaient tout contents (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 167).
Fam. Tout gosse, tout môme. Toute mignonne, tout aimable, et toute belle... Pour ce portrait, son goût infaillible a choisi La pose la plus simple et la meilleure aussi (VERLAINE, Œuvres compl., t. 1, Bonne chans., 1870, p. 107).
♦ [Devant un subst. composé (adj. + subst.)] Mais quel est ce tout jeune homme qui se glisse entre les arbres? (VILLIERS DE L'I.-A., Contes cruels, 1883, p. 115).
♦ À valeur de dimin. atténuatif. Tout fou (v. fou1 I rem. gén. 2 b).
— [Suivi d'un part. passé à valeur d'adj.] Tout armé; tout craché; tout habillé; tout trempé. Elle paraissait toute secouée, elle aussi (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1281).
♦ [Avec une nuance temporelle d'achèvement, devant certains part. passés adj.] Tout cuit; tout fait (v. fait part. passé); tout vu. Brotonneau: (...) Décide-toi, choisis. Thérèse: Ce n'est pas la peine, mon petit... C'est tout choisi. J'accepte les propositions que me fait M. de Berville, un homme qui, lui , me comprend (FLERS, CAILLAVET, M. Brotonneau, 1923, I, 16, p. 10). « Je suis si timide, Monsieur: je cherchais une occasion. » Elle est toute trouvée, lui dis-je poliment (SARTRE, Nausée, 1938, p. 146).
Empl. subst. Même Bergson, si prompt à dénoncer le « tout fait » dans les explications de la nouveauté, garde un dualisme au fond platonisant, quand, dans une métaphore d'ailleurs peu heureuse, il parle d'un « courant de conscience lancé à travers la matière » (RUYER, Cybern., 1954, p. 221). Le « tout-prêt », venant de chez le charcutier et l'épicier, sous forme de boîtes de conserves, suffit à la préparation des repas (MATHIOT, Éduc. mén., 1957, p. 18).
♦ [Avec un adj. verbal] Au commandement d'Antoine, ils reprirent les quatre coins du drap, hissèrent péniblement le malade hors de la baignoire et le déposèrent tout dégouttant sur le matelas (MARTIN DU G., Thib., Mort père, 1929, p. 1284).
— [Dans le vocab. de la courtoisie] Toute bonne. Ma toute belle, dit madame de Lerne [à Jeanne], vous m'avez dit que vous étiez amoureuse de Toby?... permettez-moi de vous l'offrir en toute propriété (FEUILLET, Paris, 1881, p. 65).
Rem. 1. Tout reste inv., sauf devant un adj. fém. commençant par une cons.: La narration d'Apulée reste tout agréable et vive (SAINTE-BEUVE, Nouv. lundis, t. 2, 1838, p. 442). La terre est toute blanche, les arbres tout blancs (PERGAUD, De Goupil, 1910, p. 19). Et je suis tout heureuse (GIRAUDOUX, Sodome, 1943, I, 2, p. 52). Cependant, devant un adj. au fém. sing. commençant par une voy. ou un h muet, beaucoup font l'accord: Mais le peau est toute enlevée (BERNSTEIN, Secret, 1913, III, 6, p. 37). Lyrisme paternel, humour, spontanéité maternels, mêlés, superposés, je suis assez sage à présent, assez fière pour les départager en moi, toute heureuse d'un délitage où je n'ai à rougir de personne ni de rien (COLETTE, Sido, 1929, p. 79). 2. Tous les adj. ne se prêtent pas à la modification adv. par tout (Il est tout intelligent, tout aveugle, tout riche...). La propriété en cause doit affecter le sujet dans son entier, dans l'intégralité de son être (tout = « tout entier »). Avec les part. passés en empl. adj., il suppose un processus conduit par étapes jusqu'au bout, réalisé dans son intégralité (Il est tout abattu, tout aveuglé...; mais non il est tout reçu, car on est reçu ou on ne l'est pas, il n'y a pas d'étapes intermédiaires).
2. [Suivi d'un adj. déterminatif ou d'un pron. corresp.]
— Tout autre. Tout à fait différent. C'est une tout autre affaire; c'est tout autre chose (v. autre I 2 a). La Bretagne est beaucoup moins étendue qu'il ne semble. Pour le géologue et le politique, elle va jusqu'à Fougères et Nantes; mais sous le rapport de la race et de la langue, elle comprend seulement Tréguier, Léon, Cornouailles et Vannes. Ceci, étant appliqué sévèrement à l'histoire du pays, lui donne une tout autre figure (MICHELET, Journal, 1831, p. 89). Certes nous pensions à tout autre chose (PROUST, Guermantes 2, 1921, p. 325).
[Dans une alternative catégorique] C'est tout l'un ou tout l'autre; c'est tout bon ou tout mauvais. Il n'y a pas de milieu; il faut prendre tel parti ou tel autre. Je vous ai reconnu à vos yeux! Vous avez les yeux des Coantré! s'écria la vieille dame, avec une voix de buccin (car, les femmes du vrai grand monde, c'est tout l'un ou tout l'autre: ou elles exhalent des sons exténués, ou elles poussent des cris effrayants) (MONTHERL., Célibataires, 1934, p. 869). Une bonne de curé, disons-nous, c'est comme une belle-mère, tout bon ou tout mauvais (BERNANOS, Crime, 1935, p. 737).
— Tout un; c'est tout un. Cela revient au même. Je ne suis pas un chef, ni n'aspire à le devenir. Commander, obéir, c'est tout un. Le plus autoritaire commande au nom d'un autre (SARTRE, Mots, 1964, p. 13).
— [Dans des formules de politesse] Tout vôtre. Entièrement dévoué à quelqu'un. Je suis tout vôtre (Ac. 1835, s.v. vôtre).
— Vx. Tout le même. C'est tout le même homme que vous avez connu (Ac. 1878).
3. [Suivi d'un superl.]
— Le(s) tout premier(s); le(s) tout dernier(s). Qui est exactement, réellement le premier, le dernier. À vrai dire, ce fut seulement au tout premier instant que nous eûmes de l'effroi (ALAIN-FOURNIER, Meaulnes, 1913, p. 129). Alors on a commencé à voir de toutes les maisons sortir les hommes, après qu'ils avaient passé à la hâte et au tout dernier moment leur veste (RAMUZ, Gde peur mont., 1926, p. 260).
— [En fonction d'attribut] Tout le premier, toute la première, tous les premiers. V. premier I A 7 empl. subst.
4. [Inv., suivi d'un syntagme prép. à valeur d'adj., avec à, de, en] (Être) tout en fleur(s), tout en eau, tout en larmes, tout en nage, tout en pleurs (v. pleur), tout en sueur. Au même moment, un coup de tonnerre éclata avec un bruit affreux, et une lumière aveuglante dont la chambre parut tout en feu (BOURGES, Crépusc. dieux, 1884, p. 318). Devant les cagnas, le capitaine veillait seul, grand corps maigre, tout en jambes (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p. 52). Ce livre a été pour son auteur une ascension vers les sommets d'une poésie intérieure tout à lui (BLANCHE, Modèles, 1928, p. 241).
— Tout de + subst. + part. passé. Des mitrons, tout de blanc vêtus (A. FRANCE, Pt Pierre, 1918, p. 186).
— [Dans des formules de politesse épistolaires] (Être) tout à vous. Bien à vous; fidèlement vôtre. M. de Villèle me fit tenir ce billet:« Je reçois votre lettre, mon cher Chateaubriand (...) De cœur, tout à vous, J. Villèle. » (CHATEAUBR., Mém., t. 3, 1848, p. 174). Allons, je vous laisse... et si vous avez besoin d'un conseil, ou de quoi que ce soit, vous savez que nous sommes tout à vous (FLERS, CAILLAVET, M. Brotonneau, 1923, I, 10, p. 7).
5. Littér., gén. inv. [Pour renforcer un subst. épith. ou attribut] Peuh, je suis d'apparence presque féminine, il est vrai. Mais là-dessous, voyez-vous, tout muscles (TOULET, Mariage Don Quichotte, 1902, p. 71). L'Espoir vaut bien un dîner en ville! Nous étions tout sourires quand nous sommes entrés dans le vaste salon bibliothèque où se trouvaient déjà Samazelle et son épouse (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 207). Ces petits êtres tout spontanéité (BOURGET, Laurence Albani, p. 290 ds GREV. 1986, § 955, p. 1453).
— Loc. verb., au fig. Être tout feu tout flamme (pour qqc'/qqn) (v. feu1); être tout yeux (tout oreilles) (v. œil); être tout oreilles (v. oreille); être tout ouïe (v. ouïe); être (tout sucre et) tout miel.
Rem. Dans cette accept., tout peut s'accorder avec le suj.; il est alors considéré comme un adj. qui le qualifie: Je suis sûr que vous êtes florissante, toute robes et fleurs (MÉRIMÉE, Lettres à une inconnue, t. 1, 1844, p. 236).
— COMM., TECHNOL. [Suivi d'un subst. désignant une matière textile ou autre, d'un matériau] Entièrement constitué de. Tissu, vêtement tout laine. Alors il m'a emmenée dans la chambre de madame et m'a dit de prendre ces deux robes-là (...). Et regardez, acheva Estelle, dont les yeux rayonnaient, c'est tout soie! Perrine tâta l'étoffe. — Bonne Vierge! oui... ç'est tout soie! (CHÂTEAUBRIANT, Lourdines, 1911, p. 230). Bracelet tout métal craquelé doré (Catal. jouets (Trois-Quartiers), 1936).
— MAR. [Dans les commandements]
♦ [En parlant de la machine] En avant toute; en arrière toute. À toute vitesse (d'apr. LE CLÈRE 1960). Herwick céda la place à son chef. Celui-ci commanda « en arrière toute », et, immédiatement après, passa à la machine l'ordre de fermer la porte étanche numéro 1 (PEISSON, Parti Liverpool, 1932, p. 184).
♦ [En parlant de la barre] À gauche toute; à droite toute. Totalement à gauche, à droite (d'apr. LE CLÈRE 1960).
6. [Dans des tours ell. formant un comp. à valeur adj. ou subst.; souvent avec un trait d'union] Qui est pourvu de l'équipement totalement constitué par (l'élément désigné par l'adj.).
— [Avec un adj.] Tout(-)électrique. Cuisinière tout électrique. La revue « 50 millions de consommateurs », en comparant les coûts de chauffage dans cinq types de maisons individuelles, constate que le tout-électrique coûte près de 30 pour cent de plus en consommation que le gaz et le fuel, ce dernier étant le plus avantageux (L'Express, 14 nov. 1977, p. 116, col. 2). Tout-(-)informatique. Le choix définitif de la D.G.T. [Direction Générale des Télécommunications] en matière de câblage: celui de la seule fibre optique. Le choix industriel et technologique est incontestable, comme l'avait été il y a des années celui du « tout-informatique » pour le téléphone (Le Nouvel Observateur, 9 mars 1984, p. 26, col. 3). Tout(-)nucléaire. Or voici que le document du Plan démolit un postulat fondamental de la politique du tout-nucléaire: la part de l'électricité dans la consommation industrielle ne pourra pas, y lit-on, dépasser 40 pour cent (Le Nouvel Observateur, 9 août 1980, p. 23, col. 3). Tout(-)solaire. Prétendre se chauffer au tout-solaire dans les grandes villes serait tout à fait illusoire: les microclimats défavorables et surtout le mauvais ensoleillement de la grande majorité des appartements ne s'y prête pas (Le Sauvage, 1er oct. 1976, p. 58, col. 1).
— [Avec un subst.] Tout(-)transistor. Les pistes HI-FI, grâce à de nouveaux amplis « tout transistor » (Paris-Match, 28 nov. 1970 ds GILB. 1980). Tout-champagne. Les connaisseurs préconisent dans les repas « tout-champagne » une gradation depuis les « sans année », légers, sur les entrées et les poissons, jusqu'aux vieux millésimes pour agrémenter les fins de repas (Jours de France, 23 févr. 1971 ds GILB. 1980). Tout-confort (p. métaph.). Venu pour travailler, potasser des bouquins sérieux, le sortilège indien s'empare de lui comme une hypnose et l'arrache au « tout-confort » de ses certitudes (Le Nouvel Observateur, 12 juin 1982, p. 100, col. 3).
7. [Dans des tours concessifs ou intensifs]
a) [Dans un tour concessif] Tout + adj. ou subst. attribut + que (+ verbe à l'ind. ou au subj.). Synon. (avec une valeur d'oppos. plus forte) de quelque... que, si ... que (v. si2), bien que (v. bien2), quoique. [Avec l'ind.] René d'Anjou (...) tout beau-frère qu'il était du roi Charles (...) se préparait (...) à mettre le siège devant la ville de Metz (A. FRANCE, J. d'Arc, t. 1, 1908, p. 107). Entre nous, toute bonne qu'elle est, je crois bien qu'elle se divertissait d'émerveiller et d'essouffler l'académicien, qu'elle accueillait avec une bonne grâce dont il demeure touché (VALÉRY, Variété IV, 1938, p. 154). [Avec le subj., pour exprimer une affirmation moins assurée, ou p. anal. avec la synt. de si... que (d'apr. LE BIDOIS 1967,1579); considéré comme incorrect par les puristes] Enfin quelques artistes plus intelligents tentèrent de ramener l'industrie dans la voie du goût. Telle qu'elle est, tout imparfaite que nous la jugions encore (...) l'industrie française est la reine du monde qui accepte et avoue cette domination (NOSBAN, Manuel menuisier, t. 2, 1857, p. 251).
— Vieilli ou littér. [Suivi d'un adj. ou d'un subst. attributif, sans que, sans verbe, la valeur concessive étant contextuelle]
♦ [Avec un adj.] Ces yeux gonflés par les larmes et qui, tout endormis, semblaient encore verser des pleurs (BALZAC, in BRÜSS, p. 113 ds S. ANDERSSON, Nouv. Ét. sur la syntaxe et la sém. du fr. tout, p. 124, v. bbg. infra). Cette amitié, tout intellectuelle, n'en était pas moins une amitié passionnée (BOURGET, Laurence Albani, p. 290 ds GREV. 1986, § 955, p. 1453).
♦ [Avec un subst. attrib.] Tout gamin, il a vagabondé, mendié, volé (MIRBEAU, in BEYER, p. 689, ds GREV. 1986, § 955, p. 1453).
b) [Pour marquer le degré] Elle ne m'écoute pas, tout attentive qu'elle est au manège d'un homme qui passe à plusieurs reprises devant nous (BRETON, Nadja, 1928, p. 86).
B. — [Suivi d'un adv. ou d'un syntagme à fonction adv.]
1. [Suivi d'un adv. ou d'une loc. adv.] Tout autrement, tout bonnement, tout bêtement, tout crûment, tout différemment, tout doucement, tout justement, tout lentement, tout naturellement, tout particulièrement, tout simplement, tout spécialement, tout tranquillement. V. bellement ex. 5 et 7.
Rem. Ces adv. expriment la totalité, l'égalité, la similitude ou les idées contraires: tout autrement, tout différemment, tout pareillement. D'autres expriment la précision ou la restriction: tout particulièrement, tout spécialement, tout justement. Avec des adv. exprimant une attitude sans détours, une expr. simple, dans des expr. semi-locutionnelles: tout bellement, tout bêtement, tout bonnement, tout crûment, tout simplement. Quand mes services ne seront plus agréables, on ne peut me faire un plus grand plaisir que de me le dire tout rondement (CHATEAUBR., Mém., t. 3, 1848, p. 73).
— [Avec des adv. marquant le temps, l'immédiateté temporelle] Tout dernièrement, tout nouvellement, tout présentement, tout récemment; tout aussitôt. [Pour exprimer la compar. ou l'équivalence] Tout aussi bien (v. aussi1), tout autant. [Pour exprimer la simultanéité] Tout ensemble (v. ensemble1). [Pour exprimer le lieu] Tout près, tout alentour, tout autour (v. autour2), tout contre (v. contre1), tout là-bas, tout partout. [Autres valeurs] Tout exprès pop. ou région. (v. exprès2).
2. [Suivi d'un adj. en empl. adv.] Tout bas (v. bas1), tout haut (v. haut1), tout court (v. court1), tout doux, tout droit (v. droit2), tout juste. [Pour signifier « carrément, sans ambages »] Tout clair, tout net (v. net1); tout plein de. Tout franc (v. franc4). Il me l'a dit tout franc (Ac. 1935). [Valeur de superl.] Tout plein; se fâcher tout rouge.
— Loc. exclam.
Tout beau ! Tout doux !
♦ CHASSE. Tout(-)coi! tout coy! ,,Lorsqu'un limier ou des chiens courans veulent crier dans les voies, on leur dit: Tout-coi, chiens, tout-coi!`` (BAUDR. Chasses 1834).
3. [Suivi d'une loc. superl.] Tout au plus; tout au moins, à tout le moins. [À valeur de superl.] À tout jamais.
4. [Dans des syntagmes prép. à valeur adv.]
a) [Renforçant une loc. adv.] Tout à son aise (v. aise2), tout à loisir, tout au contraire, tout de travers, tout du long, tout à la fois... et..., tout à côté, tout au bout, tout en haut, tout en bas, tout d'abord. J'étais allée m'asseoir tout au fond, le plus loin possible de la vieille demoiselle (GYP, Souv. pte fille, 1928, p. 89).
b) [Dans des tours figés, où tout est obligatoire] Tout à coup, tout à fait (v. fait, faite), tout à l'heure, tout à trac, tout de bon (v. bon1), tout de go, tout de même (v. même2), tout de suite; tout d'un coup, tout d'une haleine, tout d'une pièce, tout d'un trait (v. trait1), tout d'une traite (v. traite2), tout de ce pas (v. pas2). Une grande obscurité comblait la nef, et, quand l'assistance répondait tout d'une voix à madame de Matefelon, on eût juré qu'il y avait là pour le moins cent personnes en prières (BOYLESVE, Leçon d'amour, 1902, p. 141).
C. — [Avec un verbe]
1. [Suivi d'un mode pers.] Pop. ou fam. dans la lang. parlée mod., rare. Je vais emmailloter mon fusil comme toi (...), la pluie a tout rouillé le mien (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p. 58). Maudits gamins, ils ont tout déchiré leur fond de culotte (RENARD, Hist. nat., p. 116 ds S. ANDERSSON, op. cit., p. 260).
2. [Suivi du gérondif, tout en + part. prés. ]
a) [Pour exprimer la simultanéité] Tout en marchant; tout en parlant. Tout en expliquant à Juliette l'objet de sa visite, elle admirait le buffet, la table ronde, les chaises cannelées et la pendule dorée (AYMÉ, Jument, 1933, p. 234).
b) [Pour exprimer l'oppos. entre deux faits] La royauté même, acculée, avait dû convoquer les États-Généraux, tout en les redoutant (JAURÈS, Ét. soc., 1901, p. 44).
3. [Suivi d'une forme verbale en -ant, pour marquer la manière] Pop. ou région. Un fourrier cria, tout courant:— Ça va, mon capitaine. J'ai déjà trouvé un bon cantonnement pour les chevaux (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p. 60).
D. — [Entrant dans des loc. prép. ou conj.]
1. [Dans des loc. prép.]
a) [de lieu] Tout près de, tout autour de, tout le long de, tout au fond de.
b) [de temps] Tout au long de, tout le long de, tout le long du jour.
2. [Dans des loc. conj.]
a) [de compar.] Tout comme si, c'est tout comme, tout autant que, tout de même que.
b) [de temps] Rare. Tout aussitôt que. Nous savons assez qu'il [le peuple] ne déteste pas qu'on chansonne (...) ceux qu'il choisit, même ceux qu'il nomme, tout aussitôt qu'ils sont au pouvoir (FAGUET ds SANDF. t. 2 1965, § 168, 2°). Tout de suite que (pop.). Tout de suite que je me suis mariée, j'ai commandé mon ménage à différents fournisseurs (BATAILLE, ds SANDF. t. 2 1965, § 168, 2°). Tout d'abord que. Dès que. Le jeune chef en fut saisi tout d'abord qu'il entra et ne le quitta plus des yeux pendant l'interrogatoire (AYMÉ, Jument, 1933, p. 71).
Prononc. et Orth.:[tu] devant cons.: tout blanc [], [tut] devant voy. et h muet: tout enfiévré [], tout hérissé []. Homon. toue, toux. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. Adv. de quantité exprimant le degré plénier 1. a) devant un adj. ) fin Xe s. sing.; masc.; suj.; soumis à l'accord (Passion, éd. D'Arco Silvio Avalle, 355 Sos munument fure toz nous); ca 1050 fém.; id. (St Alexis, éd. Chr. Storey, 459: tute en sui doleruse); id. masc.; suj.; non accordé (ibid., 220: Tut soi amferm); id. plur. masc.; suj.; tut forme agn. pour tuit (ibid., 365: Del ton conseil sumes tut buisinos); ca 1100 fém.; régime; accordé (Roland, éd. J. Bédier, 3581: Cez lor espees tutes nues i mustrent); ) ca 1150 devant un adj. au superl.; non accordé (WACE, St Nicolas, éd. E. Ronsjö, 240: Esbaï fu tut li plus sagez), cf. S. ANDERSSON, Nouv. ét. sur la synt. et la sém. du mot ,,tout``, 1961, pp. 54-59; ) fin XIIe s. sens concess.; accordé (Raoul de Cambrai, 2550 ds T.-L. Et tot sanglant le commence a baissier); b) devant un part. prés. adj. fin Xe s. masc. sing., suj.; accordé (Passion, 32: [Lazer] Jagud aveie toz pudenz); c) devant un part. passé adj. ) fin Xe s. plur.; masc.; suj.; accordé (ibid., 141: li felun tuit trassudad); ca 1050 sing; id. (St Alexis, 352: revint tuz esmeriz); non accordé (ibid., 4: Tut est müez [li] secles); fém., suj.; accordé (ibid., 134: tute en sui esguarethe); ) ca 1100 devant un superl.; accordé (Roland, 1872: E. .XXIIII. de tuz les melz preisez); ) ca 1180 valeur temp. d'achèvement; accordé (MARIE DE FRANCE, Fables, 40, 13 ds T.-L.: Jeo sui piec'a tute enseigniee); ) 1268 sens concess.; accordé (Claris et Laris, 8829, ibid.: Doucement tot armé l'acole), pour cet empl. et le précédent, v. S. ANDERSSON, op. cit., pp. 124-127; 2. devant un adv. qu'il renforce fin Xe s. tot entorn (Passion, 59), v. aussi S. ANDERSSON, op. cit., p. 131, sqq.; 3. devant une prép. a) ca 1050 exprime l'exclusion « seulement, exclusivement » (St Alexis, 243: E tut pur lui, unces nïent pur eil); b) ca 1100 exprime le renforcement tut entur lui (Roland, 410), v° S. ANDERSSON, op. cit., pp. 240-249; 4. devant un subst. attribut ca 1135(Couronnement de Louis, éd. Y. G. Lepage, réd. AB, 845: Crestïenté est tot foloiement), v. S. ANDERSSON, op. cit., pp. 74-95; 5. devant un gérondif précédé de en, marque la simultanéité ca 1135 (Couronnement de Louis, 1071: Tot en poignant sa mace a destrossee), cf. S. ANDERSSON, op. cit., pp. 260-263; 6. introd. une prop. concess. ca 1180 mode subj.; non accordé (MARIE DE FRANCE, op. cit., 74, 22 ds T.-L.: Altresi est mis cors luisanz Cum est li suens, tut seit il granz); av. 1473 tout + adj. que; mode ind. (JOUVENEL DES URSINS, Hist. Charles VI, Paris, 1653, p. 237: tout malade qu'il estoit); 1580 id.; mode subj. (MONTAIGNE, Essais, II, 16, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 630: une creance tres-salutaire, toute vaine qu'elle puisse estre), v. S. ANDERSSON, op. cit., pp. 94-123. Empl. adv. issu de totus empl. devant un adj., du type tota misera sum; pour l'accord de l'adv. en fr. mod., v. VAUG. 1647, pp. 95-97 et Ac. 1694. Bbg. ANDERSSON (S.). Nouv. ét. sur la synt. et la sém. du mot fr. tout. Lund.-Copenhague, 1961, 275 p.; Qq. glanures synt. sur le mot fr. tout. St. neophilol. 1970, t. 42, pp. 72-89. — BALLY (Ch.). L'Adv. tout en fr. mod. In: [Mél. Boyer (P.)]. Paris, 1925, pp. 22-29. — HALMØY (J.-O.). Le Gérondif: élém. pour une description synt. et sém. Trondheim, 1982, pp. 352-386. — MOREL (M.-A.). Ét. sur les moyens gramm. et lexicaux... Thèse, Paris, 1980, pp. 343-421. — QUEM. DDL t. 38.
III.
⇒TOUT3, subst. masc.
A. — Un/le tout. Totalité d'un ensemble, d'une collection.
1. Totalité constituée par les différents éléments d'une chose; ensemble de choses formant une unité. Former, constituer un tout cohérent, homogène, harmonieux. Notre devoir est-il de chercher à devenir un être achevé et complet, un tout qui se suffit à soi-même, ou bien au contraire de n'être que la partie d'un tout, l'organe d'un organisme? (DURKHEIM, Divis. trav., 1893, p. 4). Il faut que vous me prêtiez encore dix francs... Je touche mon mois dans une semaine. Je vous rembourserai le tout ensemble (LENORMAND, Simoun, 1921, 11e tabl., p. 128).
♦ Tout ou partie de. V. partie I A 2.
— [Avec valeur récapitulative] Ensemble des éléments qui viennent d'être énumérés dans le discours. Affronter une fois de plus l'odeur de mangeaille, le service bruyant, la promiscuité de l'éternelle popote, écouter avec un sourire complaisant les palabres quotidiennes sur les projets de l'Allemagne, les calculs sur la durée de la guerre, l'explication des sous-entendus du communiqué... — le tout, assaisonné de taquineries rituelles, de souvenirs du front (MARTIN DU G., Thib., Épil., 1940, p. 772).
— Spécialement
♦ HÉRALD. [À propos de l'écu posé sur un blason] Sur le tout. Sur le tout du tout. ,,Se dit de l'écu posé sur un blason généalogique. Un petit écusson posé sur lui est dit posé « sur le tout du tout »`` (JANNEAU 1980). Loc. Brochant sur le tout. V. brocher II loc.
♦ JEUX
[Dans une charade] Mot complet à deviner, en assemblant chaque élément syllabique à trouver successivement. V. premier I B 3 ex. de FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 506 et dernier I C rem. ex. de Lar. 19e.
,,La troisième partie qui se joue après qu'un des deux joueurs a perdu partie et revanche, et où l'on joue autant d'argent que l'on en a joué dans les deux premières parties ensemble`` (Ac. 1835). Jouer le tout; jouer partie, revanche et le tout; perdre le tout; gagner le tout (Ac. 1835). Il y en avait qui jouaient un jeu d'enfer et qui faisaient leur tout, ayant plus de trente sous devant eux (Mme V. HUGO, Hugo, 1863, p. 145).
2. Absol. [Parfois avec majuscule] Le (grand) tout. L'universalité des choses. Le panthéisme est proprement la divinisation du tout, le grand tout donné comme Dieu (COUSIN, Hist. philos. mod., t. 1, 1846, p. 128). V. panthéisme ex. 1.
3. Ce qui est le plus important, l'essentiel. Loc. Le tout (c')est de + inf.; c'est le tout de + inf. Le principal est de. Marie Belhomme (...) s'assied sur la chaise en face du père Sallé, il la dévisage et lui demande si elle sait ce que c'est que l'Iliade. Luce, derrière moi soupire: « Au moins, elle a commencé, c'est le tout de commencer » (COLETTE, Cl. école, 1900, p. 219). Au fond, voyez-vous, le chagrin, c'est comme le ver solitaire: le tout, c'est de le faire sortir (PAGNOL, Fanny, 1932, I, 1er tabl., 8, p. 25). Le tout est que + subj. Vial aura besoin de papa, l'hiver prochain, si le ministère ne tombe pas, parce que papa est camarade de collège avec le ministre... Le tout est que le ministère ne tombe pas avant que les Quatre-Quartiers aient mis Vial à la direction de leurs ateliers (COLETTE, Naiss. jour, 1928, p. 67).
♦ Fam. Ce n'est pas le tout de + inf. Il ne suffit pas de. Henri: Ah! notre cousin de Guise vous en voulez terriblement à notre belle couronne de France (...) Catherine: Je vous comprends, mon fils; mais ce n'est pas le tout de couper, il faut recoudre (DUMAS père, Henri III, 1829, II, 5, p. 160).
— Loc. verb. Jouer, risquer le tout pour le tout.
— Vx ou littér. Le tout de qqn. Le centre d'intérêt exclusif de quelqu'un; ce qui compte le plus pour quelqu'un. Dès que la passion s'emparant d'un cœur lui persuade qu'il y trouve de quoi se rassasier, dès qu'elle y consacre toutes les puissances de la tendresse et du dévouement, comme si l'homme y avait enfin trouvé son tout (BLONDEL, Action, 1893, p. 315). Dieu! Dieu! mon appui, mon rocher, mon tout! Tu vois mon cœur, tu sais combien cela me fait mal de devoir faire souffrir quelqu'un pour mon cher Karl! (ROLLAND, Beethoven, t. 1, 1937, p. 58). Le tout de qqc. L'essentiel de. Il me semble bien que la sympathie artistique suffit, que le principal est de faire des peintures vivantes, et que c'est même le tout de l'art, le reste étant forcément autre chose: morale, religion, métaphysique (LEMAITRE, Contemp., 1885, p. 233).
B. — Du tout
1. [À valeur positive]
a) Vx ou littér. Absolument, complètement. Il prenait soin de rassembler des arguments contre l'existence de Dieu. Il avait coutume de dire que la mort des hommes est du tout semblable à celle des animaux (A. FRANCE, Puits ste Claire, 1895, p. 112). Le développement des transports, et en particulier des chemins de fer qui atteignent sinon le cœur, du moins le pied des Alpes. Mais il s'en faut du tout que la glorieuse phalange qui déferle alors sur elles ne soit qu'une troupe de bourgeois riches et désœuvrés (Jeux et sports, 1967, p. 1648).
b) Du tout au tout. [Dans une réalisation ou dans un jugement] De façon radicale, complètement. Changer, différer, modifier du tout au tout. Non qu'on doive conclure de là que la métaphysique est la catégorie de l'irréel; ce serait se méprendre du tout au tout (BLONDEL, Action, 1893, p. 296). Que Rabelais ait pensé de la sorte, il s'en faut du tout au tout (A. FRANCE, Rabelais, 1909, p. 40).
2. [À valeur nég., comme 2e élém. d'une nég. forte, sans exception] Ne... absolument (pas, plus, rien). (Ne) pas/point/plus/rien du tout (v. rien II B 3). Le général Varaigne ne hait point du tout M. Stapfer. Il a grandement raison, et je suis bien sûr que le doyen de la Faculté des lettres, à son tour, n'a pour le général que de bons sentiments (CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p. 24). Vous n'êtes pas anormale du tout. Presque toutes les femmes préfèrent les hommes (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 182).
♦ Ni du tout. Les pleurs, en révélant son origine passionnelle, ôtent au raisonnement ce qu'il a d'agressif; nous ne serons ni trop touchés, ni du tout convaincus (SARTRE, Litt., 1948, p. 42).
♦ Sans du tout + inf. Il (...) me quitta là-dessus, après m'avoir chaudement remercié, l'air absorbé, ravi, et sans plus du tout reparler ni de Georges ni de Bernard (GIDE, Faux-monn., 1925, p. 1207).
— [Sans l'élém. nég. ne; en prop. ell.] Rien du tout (v. rien II C 1; en empl. subst. v. rien IV A 5). Sitôt le taureau tombé, tous les gradins, sous la présidence, se tournèrent vers le prince, pour voir s'il applaudissait un peu, beaucoup, passionnément ou pas du tout, et se régler sur lui (MONTHERL., Bestiaires, 1926, p. 536). [Dans une réponse] Allons donc! Quand vous aurez la tête broyée, est-ce que c'est vous qui en supporterez les conséquences? Pas du tout! ce sera la Compagnie, qui devra vous faire des pensions, à vous ou à vos femmes (ZOLA, Germinal, 1885, p. 1177). — (...) Il veut que tu restes pauvre... Il refuse d'augmenter ta part... À Dieu ne plaise!... — Point du tout! — protesta le bisaïeul; — point du tout, Omer! — Si fait, si fait! (ADAM, Enf. Aust., 1902, p. 68).
— Empl. ell. Du tout. Absolument pas, aucunement, nullement. Vous êtes fatiguée, Mademoiselle? dit le marquis. — Non, Monsieur le marquis, du tout (GONCOURT, Journal, 1860, p. 843). [Renforcé] — (...) Mais je m'arrête, j'en ai déjà trop dit. — Du tout, du tout, monsieur de Meillan, sursurra Micaëlli, nous sommes impatients d'entendre la fin de votre phrase (MIOMANDRE, Écrit sur eau, 1908, p. 108).
REM. Toutim, subst. masc., arg. pop. Et (tout) le toutim. Et tout le reste. Pour cette perruche, je méditais (...) un emballage (...) l'invitation au casse-graine chez Maxim's: magnum de champ' et le toutim (SIMONIN, Touchez pas au grisbi, 1953, p. 27). Je mire son bureau de président, ses meubles de président, l'absence totale de dossiers (...). Quoi qu'il survienne, il n'a qu'à refiler le bébé — avec l'eau du bain, l'éponge, le canard en celluloïde et tout le toutim — à quelqu'un de la hiérarchie (L. CHOUCHON, Par 35o de lassitude Nord, Paris, Albin Michel, 1992, p. 136).
Prononc. et Orth.:[tu]. Homon. toue, toux. Att. ds Ac. dep. 1694. Plur. des touts. Étymol. et Hist. 1. Ca 1100 del tut loc. adv. « complètement » (Roland, éd. J. Bédier, 167: Par cels de France, voelt il del tut errer); 1174-87 del tot an tot « id. » (CHRÉTIEN DE TROYES, Perceval, éd. F. Lecoy, 2271); 1176-81 ne ... pas del tot « pas complètement » (ID., Chevalier au lion, éd. M. Roques, 3993); 1580 ne ... pas du tout « absolument pas » (MONTAIGNE, Essais, I, XVIII, éd. P. Villey et V.-L. Saulnier, p. 75), v. aussi S. ANDERSSON, Ét. sur la synt. et la sém. du mot fr. tout, 1954, pp. 237-248; 2. a) ca 1160 « l'entier d'un ensemble divisible » (Eneas, éd. J. J. Salverda de Grave, 3828: Ne veulent [li Troïens] estre meteier, N'en ont cure de parçonier, Anceis vuelent le tot aveir); fin XIIIe s. (Psautier, fol. 107 ds LITTRÉ : Par les parties devons nous entendre le tout); b) fin XVe s. « tout ce qui vient d'être dit, tout cela » (PHILIPPE DE COMMYNES, Mém., VIII, XVIII, éd. J. Calmette, t. 3, p. 245: et monta le tout cinq mil francs); 3. 1228 li communs toz « la foule entière » (JEAN RENART, Guillaume de Dole, éd. F. Lecoy, 5154 [ibid., 4702: li toz ,,passage obscur, cas douteux`` d'apr. gloss. s.v. tot; cf. aussi l'interprétation de T.-L.]); fin XVe s. le tout « tous » (PHILIPPE DE COMMYNES, op. cit., t. 3, p. 255: [mention du nom de 3 personnes] mais le tout tant pouvre que nul ne le sauroit penser); 4. « ce qui est important » a) fin XVe s. (ID., op. cit., VII, IX, t. 3, p. 65: avoit perdu le tout); sur ces empl. [2, 3a], v. S. ANDERSSON, op. cit., pp. 231-235; b) « ce qui compte le plus pour quelqu'un » ) 1552 en parlant d'une pers. (RABELAIS, Quart livre, éd. R. Marichal, XIX, 20, p. 107: Ha mon pere, mon oncle, mon tout; XXVIII, 52, p. 138: [Pan] il est le nostre Tout, tout ce que nous sommes, tout ce que nous vivons [...] est luy, en luy, de luy); ) 1580 en parlant d'une chose (MONTAIGNE, op. cit., III, 3, p. 353: l'opinion qui desdaigne nostre vie, elle est ridicule. Car en fin c'est nostre estre, c'est nostre tout); 5. fin XVIe s. [le] grand tout « la création, le monde » (Ph. DESPORTES, Œuvres chrét., Paraphrase du ,,Libera me`` ds Œuvres, éd. A. Michiels, p. 498). Empl. subst. de tout1.
STAT. — Fréq. abs. littér. Tout1, 2 et 3: 273 325. Toute: 73 323. Tous: 109 163. Toutes: 67 655. Fréq. rel. littér. Tout1, 2 et 3: XIXe s.: a) 340 752, b) 391 893; XXe s.: a) 405 640, b) 417 732. Toute: XIXe s.: a) 98 750, b) 99 763; XXe s.: a) 109 243, b) 108 417. Tous: XIXe s.: a) 186 014, b) 153 292; XXe s.: a) 148 421, b) 134 126. Toutes: XIXe s.: a) 118 230, b) 96 842; XXe s.: a) 87 261, b) 82 470.
BBG. — QUEM. DDL t. 38.

tout [tu]; toute [tut]; tous [tu, tuz] adj. ou [tus] pron. toutes [tut]; touts [tu] adj., pron., adv. et n.
ÉTYM. Xe, tot; du lat. vulg. tottus, forme expressive de totus « tout entier, intégral » (a pris le sens de omnis « tout; chaque ». → Omni-).
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I Adj.
A Tout, toute (adjectif qualificatif). ⇒ Complet, entier, intégral. — REM. Tout n'est pas synonyme de ces adjectifs; il a une valeur moins nette, qu'il doit à sa forme monosyllabique et à ses rôles de mot grammatical.
1 a Employé devant un nom précédé de l'article défini. || Tout le, la, les (et nom). || Tout le jour, toute la nuit (→ 2. Mort, cit. 7). ☑ Tout le temps (supra cit. 4). ⇒ Toujours. — Toute la terre, toute la face de la terre (→ Nez, cit. 11). || Tout le grand (cit. 17) ciel bleu. ☑ Tout le monde. ⇒ Monde (II., 4.). — Tout le reste (→ Foyer, cit. 21); fam. tout le bazar, le bataclan, le tremblement (→ Poudre, cit. 18; scène, cit. 8), le saint-frusquin, le bordel, le toutim… ⇒ Reste (I., A., 5. : tout le reste). — Toute la marmaille (cit. 1 et 2), la smala (cit. 2). || Tout le pays, tout le village est venu : (par exagér.) il y a eu grande affluence. || Tout le plaisir des jours est en leurs matinées (cit. 1). — Tout le mal (→ Intention, cit. 4), toute la réalité (cit. 3) possible. ⇒ Possible (I., 2., a.). — C'est toute la question (cit. 12), tout le problème. || Avoir tout l'air, « toute la mine de… » (Molière, les Précieuses ridicules, 9). || Ça m'en a tout l'air. — ☑ Pour tout l'or (cit. 25 et supra) du monde. || Dans toute la force du terme. — C'est tout le portrait de son père.
b Avec l'article indéfini. || Tout un, une (et nom). || Tout un hiver (→ 2. Poêle, cit. 1), toute une année. || Tout un jour (→ Plage, cit. 1), toute une longue journée. || Tout un passé (1. Passé, cit. 9) de gloire, d'honneur… || Tout un homme, rien qu'un homme (→ Réfractaire, cit. 2). || « Toute une mer immense où fuyaient des galères » (cit. 1). || C'est tout un monde que chacun porte en soi (→ Solitude, cit. 11). || Il s'en fait tout un monde (I. 6.).
1 Tout un monde fatal, écrasant et glacé (…)
A. de Vigny, Poèmes philosophiques, « Maison du berger », I.
2 Toute une nuit j'ai cru que mon âme était morte
Toute une longue nuit immobile et glacé
Quelque chose dans moi grinçait comme une porte (…)
Aragon, le Roman inachevé, p. 203.
♦ C'est tout un roman, toute une affaire, toute une histoire.
REM. Dans ce tour, tout renchérit sur le nom attribut et prend le sens de « véritable » plutôt que celui de « entier, intégral ». C'était toute une science (→ Tératologique, cit. Hugo). « Cet admirable Roman de Renart, qui est toute une épopée » (→ Fable, cit. 14). Devant un féminin, certains laissent tout invariable, comme s'il était adverbe (→ ci-dessous, IV.) : || « C'est tout une histoire » (France, Crainquebille, in Grevisse). || « Cinq ou six ! c'est tout une écurie ! » (Hugo, le Roi s'amuse, I, 4).
3 — (…) tu ne connais pas l'histoire de Mlle Perle ?… Oh ! mais c'est toute une aventure !
Maupassant, Mademoiselle Perle, Pl., t. II, p. 674.
4 Quant à les aimer (les femmes du monde), c'est toute une affaire.
France, le Lys rouge, IV.
5 Il (un bébé) connaît le monde par la bouche : c'est toute une méthode.
G. Duhamel, les Plaisirs et les Jeux, p. 9.
5.1 Autrefois, Tomsk passait pour être située à l'extrémité du monde. Voulait-on s'y rendre, c'était tout un voyage à faire.
J. Verne, Michel Strogoff, p. 310.
c Devant un possessif. || Tout mon, ton, son… || Tout mon sang se fige (cit. 2). || Toute mon ambition (→ Attacher, cit. 23). || Toute votre félicité… (→ Instabilité, cit. 2). || Toute sa personne (infra cit. 8). ☑ Tout son soûl (cit. 2 et 3). ☑ J'ai tout mon temps (→ Prier, cit. 18). || Toute sa petite famille. — ☑ De tout mon cœur (cit. 51, 52; et supra). || De toute ma hauteur (→ Flac, cit.). || De tout son poids, de tout son long (cit. 32).
d Devant un démonstratif. || Tout ce, cet… || Tout ce jour, tout cet été. — Tout ceci (→ Moi, cit. 7; préjuger, cit. 2), tout cela (→ 1. Louche, cit. 10; lourd, cit. 33; 3. mort, cit. 10; peine, cit. 14; prix, cit. 20). — Tout ça : l'ensemble du contexte. || Tout ça, c'est de la bêtise, (fam.) c'est des bêtises. || « Et tout ça, ça fait D'excellents français » (Maurice Chevalier, chanson). — Pour conclure une énumération. || … et tout ça. → Et tout (ci-dessous, supra cit. 77). ☑ Tout ça tout ça (sans pause) : et tout le reste. — Tout celui (→ Posséder, cit. 15), toute celle (→ Cacher, cit. 13). — Tout ce que…, ce qui… (→ 1. Bon, cit. 11; détailler, cit. 2; modèle, cit. 4; mourir, cit. 43; souffrance, cit. 6). || La liberté (cit. 23) consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. || Tout ce que je hais (→ Libre, cit. 12, Racine). || Tout ce qui lui passe par la tête (→ Insouciant, cit. 2). — (Désignant des personnes). || Tout ce qui vit, respire. || « Oh ! je porte malheur (cit. 41) à tout ce qui m'entoure ». — ☑ Prov. Tout nouveau, tout beau, tout ce qui est…
REM. Tout ce…, désignant des personnes, peut être repris par un nom au pluriel régissant un verbe au pluriel : || « Tout ce qui reste ici de braves janissaires (…) Sont prêts à vous conduire à la Porte sacrée » (Racine, Bajazet, v. 621-625). De nos jours, le singulier prévaut : || « Tout ce que la paroisse pouvait fournir de prêtres et d'enfants de chœur précédait le char » (Mauriac, le Mystère Frontenac, p. 215, in Grevisse).
6 (…) je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d'aimable (…)
Molière, Dom Juan, I, 2.
7 Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : « Ils ont aimé ! »
Lamartine, Premières méditations poétiques, « Le lac ».
8 Et nous retrouvions, nous sur qui la douleur passe,
Toute cette douceur dans toute ta beauté !
Hugo, les Contemplations, VI, VIII.
♦ ☑ Tout ce qu'il y a de…, suivi d'un nom pluriel. || Tout ce qu'il y avait à Paris de marauds (cit. 2). — REM. Avec ce tour l'accord du verbe peut se faire au singulier ou au pluriel.
9 Tout ce qu'il y a d'hommes sont presque toujours emportés à croire non pas par la preuve, mais par l'agrément.
Pascal, Opuscules, III, XV, De l'esprit géométrique, 2e éd. Brunschvicg, p. 185.
10 — (…) je veux que tout ce qu'il y a en France de merles un peu bien nés y soient solennellement rassemblés.
A. de Musset, Histoire d'un merle blanc, VIII.
11 Tout ce qu'il y avait de gens éclairés l'accueillirent, l'exaltèrent (Ronsard).
Sainte-Beuve, Tableau de la poésie franç. au XVIe s., p. 70.
12 Tout ce qu'il y a de grands hommes çà et là étouffés me semble composer (…) un cœur mystérieux (…)
Sainte-Beuve, Volupté, XIII.
♦ ☑ Fam. Tout ce qu'il y a de plus… (cit. 81 et 82) qualifiant un adjectif (ou un substantif adjectivé), au sens de « très ».
REM. 1. Dans cette expression, le verbe avoir reste souvent au présent même lorsque la principale est au passé (l'expression équivaut alors à un adverbe). → ci-dessous, cit. 15, Ramuz.
2. Lorsque le nom dont dépend l'adjectif est au pluriel, cet adjectif peut s'accorder avec lui : || « des embuscades tout ce qu'il y a de plus classiques » (J. Perret, Bande à part, p. 238); ou rester au singulier : || « des gens tout ce qu'il y a de plus honorable » (Romains, les Hommes de bonne volonté, t. VIII, p. 106).
13 Il trouvait Louis-Philippe poncif, garde-national, tout ce qu'il y avait de plus épicier et bonnet de coton (Flaub., Éduc., II, 38); — M. Roque déclara le trépas de l'Archevêque « tout ce qu'il y avait de plus sublime » (ID., Ibid., II, 183).
F. Brunot, la Pensée et la Langue, p. 691.
14 Sérieux, alors (…) — Tout ce qu'il y a de plus sérieux !
Alphonse Daudet, l'Immortel, X.
15 (…) c'était de nouveau maintenant un bel et bon chalet, tout ce qu'il y a de plus suffisant (…)
C.-F. Ramuz, la Grande Peur…, IV.
15.1 J'avoue que je me plais beaucoup avec lui, tout ce qu'il y a de plus lié avec les La Rochefoucauld.
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 666.
♦ Tout ce qu'on fait de mieux comme…, tout ce qui se fait de mieux dans le genre.
16 Le cabinet florentin avec des tentures était tout ce qu'on fait de mieux comme confessionnal moderne.
Aragon, les Cloches de Bâle, II, XXII.
e (Employé devant un nom sans article, dans des loc.). || Avoir toute licence (cit. 6 et 7), toute liberté. || Donner toute satisfaction. ⇒ Entier, plein. || Avoir tout intérêt, un intérêt évident et grand (→ Lest, cit. 4). ☑ Tout compte (infra cit. 4) fait. — ☑ À toute force (cit. 56; et supra). ☑ À toute extrémité. ☑ À toute allure (→ Filer, cit. 27; descendre, cit. 38), à toute vapeur (→ Jugulaire, cit. 1), à toute vitesse : à la vitesse la plus grande possible (→ Marqueur, cit. 2). ☑ Fam. À toute berzingue, à toute pompe : à toute vitesse. ☑ À toute bride (cit. 13). ☑ À toute volée (→ Gifler, cit. 2). — De toute éternité (→ Éternel, cit. 13). ☑ De tout temps (supra cit. 28). ☑ De toute beauté : très beau. ☑ De tout cœur : de bon cœur. — ☑ En toute franchise : très franchement. || En toute innocence; en tout respect (→ Lutiner, cit. 1). ☑ En tout bien (2. Bien, cit. 75 à 78) tout honneur. ☑ En toute hâte (→ Laper, cit. 2). || En toute liberté (→ Négligé, cit. 3), en toute sûreté (→ Étrange, cit. 7). || En toute vérité (→ Lumière, cit. 19). ☑ En toute simplicité. ☑ Selon toute apparence : d'une manière très probable (→ Rêve, cit. 9).
16.1 Jacques s'était levé, en toute politesse (…)
R. Queneau, Loin de Rueil, p. 95.
REM. Seules les expressions consacrées sont en usage; on ne peut dire normalement, malgré le modèle de de toute beauté, de toute splendeur, de toute perfection; ainsi l'exemple de Queneau, ci-dessus, est stylistique.
♦ Spécialt. ⇒ Tout-puissant, toute-puissance.
REM. On a formé sur ce modèle quelques composés (vx ou littér.), dérivés d'expressions du type tout jeune, où tout, adverbe, modifie un adjectif.Sa toute-bonté (→ Santé, cit. 15). || « Sa toute-présence immanente (de Dieu) » (Gide, Journal, 6 janv. 1933). « Dans cette combinaison (tout) devient une sorte d'exposant quantitatif, et marque le plus haut degré » (G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, §464).
17 Quoique nous fussions à la toute fin de l'hiver.
Paul Bourget, Voyageuses, p. 210.
f (Adj. employé en apposition). — Vx ou littér. || Un siège où elle se ramasse toute (→ Sangloter, cit. 3). — Cour. (devant une préposition). || Elle était toute à son travail. || La vérité est toute à tous (→ Devoir, cit. 11). || Tout, toute de…, en…, dans…
REM. Dans cet emploi, tout, adjectif, équivaut à tout entier, et se distingue par le sens de tout, adverbe. Cf. Je suis toute à vous (→ ci-dessous, cit. 22, France) et je suis tout à vous (→ ci-dessous, IV., 1., b), qui, lorsque c'est une femme qui parle, peuvent avoir des valeurs très différentes. — Dans des phrases comme « Elle était vêtue toute en blanc » (Gide, la Porte étroite, in Grevisse) ou « Une robe toute en satin » (→ Frou-frou, cit. 2), seul l'accord permet de distinguer l'adjectif de l'adverbe. Cette distinction est impossible au masculin singulier et lorsque l'adverbe lui-même s'accorde (→ ci-dessous IV., A., 1., a, Accord de tout, adv.).
18 Laisse-moi désormais toute à mon désespoir (…)
Molière, Tartuffe, II, 3.
19 C'est l'épreuve; acceptons-la toute !
Hugo, les Quatre Vents de l'esprit, III, XXVII.
20 Ton âme en me parlant me bouleverse toute.
Hugo, Ruy Blas, III, 3.
21 Elle, toute à la violence de ses idées et de ses souvenirs, continua (…)
Barbey d'Aurevilly, les Diaboliques, « Vengeance d'une femme », p. 411.
22 (…) depuis que j'ai le bonheur (…) de vous connaître, j'ai été toute à vous. Est-ce que j'aurais pu être à un autre ?
France, le Lys rouge, XXXIV.
23 Sa pensée était toute à son frère (…)
Émile Henriot, Aricie Brun, III, III.
24 Ma mère, toute à son fardeau, toute à la fièvre sacrée de ses devoirs (…)
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, I, VI.
25 Il est tout dans le trait, le ton, la formule et la flèche, il prodigue les raccourcis et les réactions vives de l'esprit.
Valéry, Variété II, p. 139.
♦ Littér. || Tout, toute de… : tout entier formé de…
26 (…) il s'enchantait à la pensée d'une existence toute de conquête spirituelle, de possession intérieure (…)
F. Mauriac, le Mal, X.
27 Contrée toute d'espace et d'appel qui compose sur le sol un site comme il faudrait avoir l'âme (…)
Roger Caillois, le Rocher de Sisyphe, p. 117.
g Fam. || C'est tout… (suivi d'un nom sans article) : la collection entière (désignée par ce) présente tel caractère. || C'est tout crapule et compagnie.
28 — C'est tout espions, dans ce pays (…)
R. Dorgelès, les Croix de bois, VI.
29 À les prendre un à un, remarquez, c'est tout bons garçons et pas maniérés pour un sou.
M. Aymé, Travelingue, XIX.
REM. Ce tour est à rapprocher de la construction plus rare avec le pluriel (où tout est pris au sens I, B, 1) : || « Ce sont toutes fables que vous contez là » (Littré); || « C'étaient tous comtes, vicomtes » (Flaubert, l'Éducation sentimentale, in Grevisse) : ce ne sont, ce n'étaient que…
h Pour tout… (suivi d'un substantif sans article) : en fait de…, sans qu'il y ait rien d'autre. ⇒ Pour (I., 3.); seul (→ Apprêt, cit. 1; faiseur, cit. 14; haranguer, cit. 3; 3. mal, cit. 2; prière, cit. 1). ☑ Pour tout potage (cit. 4 et supra). — REM. L'emploi du pluriel pour tous (→ ci-dessous, I., B., 1.)…, fréquent dans l'ancienne langue, semble réservé de nos jours aux substantifs qui ne s'emploient qu'au pluriel (N'avoir pour tous gages…).
30 Dans ces phrases (…) « Pour toute ambition, pour vertu singulière, Il excelle à conduire un char dans la carrière » (Rac., Brit., 1471-72); « Pour toute réponse, Mlle Bernard fondit en larmes » (A. Hermant, Le rom. de Loup, 157); il est visible que, là, toute a le sens restrictif de seule.
G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, §443.
31 Ils avaient pour tout domestique une servante (…)
Hugo, les Misérables, I, I, I.
i Devant un nom sans article, qualifiant le sujet ou le nom attribut (ou épithète).
REM. Cette construction ne se distingue pas toujours de celle où tout est adverbe (→ ci-dessous, IV., 5.). — Elle était encore toute mansuétude et charité (Duhamel, Pierre d'Horeb, p. 247) peut signifier soit : « elle était tout entière faite de mansuétude » (tout qualifie le sujet — ce cas est en fait très rare et n'apparaît distinctement que dans des exemples du type : elle est toute courage, où tout ne peut pas qualifier l'attribut); soit : « elle était la mansuétude même » (tout qualifie l'attribut. Cf. « Il était toutes ténèbres » [M. Bedel, in Grevisse]).
32 (…) il est toute science (…)
Molière, le Médecin malgré lui, II, 1.
33 La solitude est tout mouvement et toute harmonie (…)
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, I, VIII, 3.
34 Ce sont les souhaits innocents d'un enfant qui désire être toute vue pour s'émerveiller des rayons et des ombres, tout odorat pour respirer la bonne odeur des prairies, tout ouïe pour jouir des oiseaux chanteurs, et tout cœur pour accueillir les sourires de l'amitié.
M. Barrès, le Mystère en pleine lumière, p. 216.
REM. Avec ouïe, tout est adverbe.
35 Cet homme, mon aîné de trente ans, était envers moi toute simplicité et bienveillance.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, XVIII, IX, p. 100.
j Littér. (Employé avec un pronom, en général sous la forme tout). || Tout moi (cit. 54) : tout mon être. || De tout lui-même : de tout son cœur, de tout son être.
36 Ayant enfin choisi de jouer cette partie (…) il la joue de tout lui-même.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XXI, XVII, p. 257.
REM. 1. Tout désignant l'intégralité, la totalité d'une œuvre, s'emploie devant le nom d'un auteur. Lire tout Racine, tout Madame de La Fayette. — Devant un titre comportant un article, tout reste invariable. Lire tout les Hommes de bonne volonté, tout Une ténébreuse affaire, etc. — Si le titre commence par un article féminin singulier, certains grammairiens préfèrent l'accord (lire tout ou toute la Chartreuse de Parme). Avec un article féminin pluriel il vaut mieux éviter ce tour, avec ou sans accord (tout ou toutes les Fleurs du mal, les Femmes savantes) et dire j'ai lu en entier, « les… ». — Si l'article ne fait pas partie du titre, on accorde tout dans la mesure où le titre désigne un genre littéraire, un texte… Toutes les Oraisons funèbres de Bossuet, les Méditations de Lamartine (mais évidemment pas : toutes Leurs Figures, de Barrès).
2. Devant un nom de ville sans article, tout, généralement invariable, peut désigner la totalité de la ville (il voyait tout Nagasaki; → Sabord, cit. 2) ou tous les habitants. Tout Rognes fauchait (→ Sentir, cit. 3). Presque tout Stamboul (→ Monter, cit. 25). Tout Alençon (→ Présentation, cit. 1). Cependant, l'accord est assez rare et ne se justifie guère que lorsqu'il s'agit de la totalité matérielle que constitue la ville. Enfin, si le nom de ville est suivi d'un complément, l'article défini s'intercale entre tout et le nom propre : « Tout le Paris du XIIe siècle. »
37 — (…) tout Naples peut rendre témoignage de ma naissance.
— (…) vous parlez devant un homme à qui tout Naples est connu (…)
Molière, l'Avare, V, 5.
38 Et, durant tout un jour, j'ai eu toute Venise,
Venise, tout entière à moi.
H. de Régnier, Vestigia flammæ, « Soir vénitien ».
♦ (V. 1820). || Tout-paris, le tout-paris : les personnes les plus notables de Paris, tout ce qui compte à Paris (→ Annuaire, cit.). — REM. On trouve aussi, plus rarement, le Tout-Londres, le Tout-Nice, le Tout-New York. — Par anal. || Le Tout-Cinéma : tous les milieux connus, en vue, du cinéma.
39 Ce soir « le tout Paris illustre » est réuni aux Italiens, dans une représentation privée.
Ed. et J. de Goncourt, Journal, 27 nov. 1883, t. VI, p. 196.
40 Je n'avais aucune envie de faire partie du Tout-Paris et de parader en vêtements de fête : mais cela m'amusait de voir de près des notoriétés et de belles toilettes.
S. de Beauvoir, la Force de l'âge, p. 362.
k (Suivi d'un nom sans article, dans des tours elliptiques à fonction d'adj.). || « Le travail professionnel toutes catégories » (in Gilbert). || Atterrissage tous temps, par tous les temps. || Un film tous publics, pour tous les publics. || Un véhicule tous terrains, pour tous les terrains (plus cour. : tout [adv.] terrains).
2 ☑ Somme toute. ⇒ Somme (cit. 3 et supra).
B Adj. indéfini.
1 (Xe). || Tous [tu], Toutes : l'ensemble, la totalité de…, sans excepter une unité, et, par ext., le plus grand nombre, la généralité de… — Tous, toutes les… (→ Malédiction, cit. 8; mariage, cit. 13; pauvreté, cit. 12; pavillon, cit. 5; série, cit. 3). || Tous les hommes. || Toutes les âmes (→ Aptitude, cit. 5). || Tous les autres (cit. 22 et 34). ⇒ Tutti quanti. || Entre toutes les femmes. — Toutes les connaissances, toutes les matières (⇒ Encyclopédie). || « La chair (cit. 59) est triste, hélas, et j'ai lu tous les livres » (Mallarmé). ☑ Tous les moyens sont bons. ☑ En voir, en dire de toutes les couleurs. || De toutes les morts, la plus basse (→ Martyre, cit. 7). || Toutes les armes de tous les pays (→ Carabine, cit. 1). || « Ton premier coup d'épée égale tous les miens » (→ Atteindre, cit. 26). || Toutes les fois que… : chaque fois que… || Tous, toutes les… du monde (II., 6.). || Tous les genres, toutes les espèces, toutes les sortes… — Toutes ces histoires. || Tous ceux-ci. — Tous nos amis. || Tous vos souhaits accomplis (→ Attendre, cit. 64). || Tous vos beaux arguments (cit. 13). || Toutes nos paroles, tous nos silences (→ Dérouler, cit. 6). || Avec toutes ses parties. ⇒ 1. Complet. || De toutes ses forces.
♦ (Devant un nom sans article). || L'amas de toutes connaissances acquises (→ Authentique, cit. 16). || Un récepteur (cit. 3) de toutes ondes… || Toutes choses (au sens de tout, II., 2., a.). → Contretemps, cit. 4; faner, cit. 7; fasciner, cit. 2; lui, cit. 47; magicien, cit. 7; mêler, cit. 26; positif, cit. 12; subordonné, cit. 2. || « Toutes choses sont sorties du néant (cit. 12) et portées jusqu'à l'infini ». — REM. Pour le singulier toute chose → ci-dessous, 4. — Toutes sortes (cit. 3; et supra) de… ☑ Toutes et quantes fois. — Cesser toutes relations. || Avoir tous pouvoirs sur… — Pour tous avantages…
41 Il mêle à toutes choses de subtiles considérations d'amour-propre.
G. Duhamel, les Plaisirs et les Jeux, p. 14.
♦ (Devant un nom de nombre, avec ou sans article). || Tous deux (cit. 2), tous trois (→ Larron, cit. 6; lecture, cit. 8; pieux, cit. 3). || Toutes deux (→ Pincé, cit. 11; pis-aller, cit. 2). — Tous les deux, les trois, les quatre (→ Démentir, cit. 8; détour, cit. 4; plaisanterie, cit. 6).
42 L'emploi de l'article paraît emphatique; il sert aussi à mettre en relief les (…) personnes indiquées, à faire ressortir leur individualité (…) L'absence de l'article au contraire les réunit en bloc (…)
K. Nyrop, Grammaire historique, t. V, §434.
43 Nous irons tous les trois, c'est-à-dire tous deux,
Dans ce vallon sauvage (…)
Hugo, les Voix intérieures, VII.
44 Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets (…)
Baudelaire, les Fleurs du mal, « Spleen et idéal », XIV.
45 Elle nous donna tort à tous les deux (…)
F. Mauriac, la Pharisienne, IV.
♦ Tous, toutes, suivi d'un nom (sans article) et d'un participe ou d'un adjectif. — (1676). || Toutes affaires cessantes. || Tous feux éteints. || Toutes proportions gardées. || Toutes choses égales (infra cit. 7) d'ailleurs. — (Concret). || Toutes voiles dehors.
46 Le train (…) remontait, tous feux éteints, dans la nuit d'automne (…)
G. Duhamel, Récits des temps de guerre, II, Visage.
♦ (Dans des tours prépositionnels, avec ou sans article). ☑ À tous les coins de rue. ☑ À tous coups (cit. 64 et 66), à tous les coups. ☑ À tous crins. ☑ À tous égards (cit. 8). ☑ À toutes jambes (cit. 17; et supra). → Sauver, cit. 16. ☑ À tous moments. ☑ À toutes mains (→ Gibelin, cit. 1). ☑ À toutes sauces (vx), à toutes les sauces. ☑ À tous vents. ☑ À toutes voiles. — ☑ De tous côtés (cit. 26), de tous les côtés (cit. 27). ☑ De tous les diables, comme tous les diables (cit. 12 et 13), intensif. ☑ De toutes les façons, les manières. ☑ De toutes mains (cit. 69). ☑ De toutes parts (cit. 14). ☑ De tous, en tous points (supra cit. 89). ☑ De toutes pièces (infra cit. 12; et infra cit. 33). — Dans tous les cas (cit. 29 et 30). || Dans tous les genres (cit. 39). — ☑ En tous lieux (1. Lieu, I.). → Attente, cit. 26; fable, cit. 14. || En tous pays. || En tous points. ☑ En tous sens, dans tous les sens (cit. 40; et supra). ☑ En toutes lettres (cit. 8; et supra).
REM. 1. Dans cet emploi de tous, toutes, l'omission de l'article, en dehors des locutions figées et des noms de nombres, relève du style littéraire ou juridique.
2. Dans certaines locutions traitées ci-dessus, il y a hésitation entre le pluriel et le singulier de l'indéfini (ci-dessous, 4.). Ex. : De toute part et De toutes parts (cit. 15).
2 Littér. || Tous, toutes, employé devant un nom sans article, pour récapituler une suite de termes, sans en excepter un (après une énumération, une liste, etc.). ⇒ Autant (de).
47 (…) qu'éprouva-t-elle ? Apprit-elle ?… Comment s'y prit-elle… ? Tous mystères, restés tels à jamais (…)
Barbey d'Aurevilly, les Diaboliques, « Dessous de cartes… », p. 248.
48 (…) Novepont, Clairefontaine, Martinville-le-Sec (…) toutes terres vassales de Guermantes (…)
Proust, Du côté de chez Swann, Pl., t. I, p. 167.
49 Un petit bordeaux, un petit bourgogne, un demi-setier de picolo, de beaujolais, enfin tous vins qui t'iront droit au cœur (…)
Charles Vildrac, le Paquebot Tenacity, II, 3.
3 (XIVe). || Tous, toutes (marquant la périodicité). a Devant une unité de temps. || Tous les jours (cit. 40, 41, et supra), tous les mois, tous les ans (→ Laine, cit. 3) : une fois par jour, par mois, par an… ⇒ Chaque. || Toutes les heures (→ 1. Marron, cit. 7). || Tous les matins (→ Aurore, cit. 16), toutes les nuits (→ Dormir, cit. 36). || Tous les lundis (→ Plume, cit. 19). — Tous les premiers de l'an. || Tous les trente-six du mois. || Tous les combien — Tous les deux ou trois jours (→ Nettoyer, cit. 13). || Toutes les seize (→ 1. Mort, cit. 7), les vingt-quatre heures (→ Salve, cit. 1). || Tous les quatre ou cinq ans (→ Sauvagerie, cit. 3). || Toutes les cinq minutes (→ Lessive, cit. 1; sommeiller, cit. 1).
50 (…) la plate-bande dont elle cueillait les fleurs, tous les premiers vendredis de chaque mois (…)
Flaubert, Mme Bovary, I, III.
51 (…) tous les samedis, confession : il avouait n'importe quoi (…) tous les dimanches, communion (…)
F. Mauriac, la Pharisienne, IV.
b Devant une unité de longueur. || Une borne tous les kilomètres. || Tous les dix mètres, il s'arrêtait.
4 Tout, toute (suivi d'un nom sans article) : un quelconque, n'importe quel; un individu pris au hasard parmi l'ensemble, la totalité des individus semblables (avec une valeur proche de chaque, mais distincte). → 1. Personne, cit. 19; placé, cit. 40; plus, cit. 45. — REM. Sans préposition, cet emploi a une valeur générale et didactique (proverbes, sentences, lois…). — Tout Français jouira (cit. 15) des droits civils… || Toute langue (cit. 38) vit, travaille, respire. || Toute personne… ⇒ Chacun, quiconque (→ Dépôt, cit. 15). || « Apprenez (cit. 35) que tout flatteur… ». ☑ Toute peine mérite salaire (cit. 9). — (Avec une préposition). || À tout âge. ☑ À tout coup (cit. 72). ☑ À toute heure (cit. 87, 88; et supra). ☑ À tout hasard (infra cit. 40). ☑ À tout propos (supra cit. 3; et cit. 10). ☑ À tout événement (cit. 18). || À tout point de vue. ☑ À tout prix (infra cit. 17). ☑ À toute occasion (supra cit. 12). ☑ À toute épreuve (cit. 17 et 19). — À tout venant (→ Déplaire, cit. 16; opulence, cit. 2). — ☑ Contre toute attente. — De tout côté. ☑ De toute façon, de toute manière (infra cit. 19). || De tout point (1. Point, cit. 90). || De toute nature. || Des poissons de toute sorte (→ Folâtrer, cit. 3). ☑ En tous sens (supra cit. 40). ☑ De tout temps, en tout temps (supra cit. 28). || En toute saison (→ Pied, cit. 9); en toute occasion (supra cit. 17). ☑ En tout cas (cit. 25 à 28). ☑ En tout genre (cit. 37). || « En tout temps, en tout lieu » (1. Lieu, cit. 2). ☑ En tout état de cause : quelle que soit la situation. ⇒ Aussi. — ☑ Avant toute chose, sur toute chose : avant tout, plus que tout (premièrement, préférablement). || En toute chose, il faut considérer (cit. 9) la fin. — REM. Le tour toute chose a une valeur proche du pronom neutre tout (II., 2.). → Content, cit. 7; différent, cit. 13.
52 Ils suivent au hasard le projet ou le rêve.
Toute porte qui s'ouvre ou tout vent qui s'élève.
Hugo, les Chants du crépuscule, XXXV.
53 Tout orage a son temps toute haine s'éteint
Le ciel toujours redevient pur
Toute nuit fait place au matin (…)
Aragon, le Roman inachevé, p. 85.
♦ ☑ Loc. Tout un chacun, ou, rarement, tout chacun (Claudel, l'Otage, I, 2).
54 On savait pas comment l'prendre…, i's faisait vomir par tout un chacun.
H. Barbusse, le Feu, IX.
55 N'y a-t-il pas une orthographe et une grammaire admises, seules admises, et tout un arsenal d'enseignement et d'examens pour les imposer à tout un chacun ?
M. Cohen, Grammaire et Style, p. 7.
REM. Avec un substantif abstrait, il est parfois difficile de distinguer tout, adj. indéfini (« toute espèce de… ») et tout, qualificatif (« intégral, en entier »). Abandonner toute pudeur. Perdre toute dignité. Laissez toute espérance (cit. 17). Avoir toute honte bue (cit. 35).
♦ Toute sorte de… (avec un complément au singulier ou, plus souvent, au pluriel, et l'accord du verbe commandé par le complément). ⇒ Sorte (supra cit. 3). — Toute espèce de…, s'emploie de la même façon.
♦ (V. 1200). || Tout, toute autre…, qualifiant le pronom autre. || « Tout autre (cit. 68) que mon père(…) ». || Toute autre (cit. 70) se serait rendue… || Toute autre histoire, n'importe quelle autre… || Toute autre (cit. 17) considération (→ aussi Plaisir, cit. 11; 2. planer, cit. 4). — REM. On trouve partois tout invariable au féminin, dans tout autre chose.
56 (La Bruyère) était assez intelligent pour comprendre, mieux encore que tout autre chose, les raisons qu'on pouvait avoir de ne le lire point ou de le lire mal (…)
Émile Faguet, l'Art de lire, p. 114.
57 (…) éviter d'être remarquable par son élégance comme par tout autre chose (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XXV, XXXIV, p. 277.
REM. 1. Répétition de tout, tous, adj. — Régulière devant des noms juxtaposés ou de genres différents (cf. cependant « tout son corps et son âme fermentaient », R. Rolland, Jean-Christophe, l'Adolescent, p. 68), la répétition est facultative dans une énumération : « toutes les affections, haines, curiosités… » (Lanson), ou lorsqu'il y a « quelque analogie » (Le Bidois) entre les noms juxtaposés : « tous les instincts et les sens de l'homme primitif » (Maupassant). Toute son angoisse et sa fatigue avaient fondu (cit. 14).
2. Tout en phrase négative. — La négation s'applique alors au caractère total, global, et non à l'ensemble qualifié par tout. Il ne plaidait pas toute cause, il choisissait (→ Malaisé, cit. 6).
58 (…) elle n'attendait jamais passivement du dehors toute jouissance (…)
F. Mauriac, la Pharisienne, VI.
♦ Lorsque tout, tous est sujet d'un verbe à la forme négative, la négation porte sur tout. Dans tout ce qui reluit n'est pas or, le sens n'est pas « rien de ce qui reluit n'est or », mais bien « ce qui reluit n'est pas, dans sa totalité, de l'or » (cf. Le Bidois, Syntaxe du franç. moderne, §1933). Toute jalousie (cit. 2) n'est point exempte de quelque sorte d'envie.
59 Tout animal n'a pas toutes propriétés.
La Fontaine, Fables, II, 17.
60 Tous ceux qui connaissent leur esprit ne connaissent pas leur cœur.
La Rochefoucauld, Maximes, 103.
———
II Pron. (XIe).
1 a Tous [tus], Toutes (représentant un ou plusieurs noms, pronoms, exprimés avant). || « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » (cit. 23). || Nous mourrons (cit. 3) tous. || Ce sont tous des ignorants (→ Malade, cit. 7), des fainéants (→ Protéger, cit. 6). || Toutes se retournaient (→ Morue, cit. 1). || « Comme nous les avons tous reçus (ces dons), nous en sommes tous comptables » (→ Grâce, cit. 25). || « Si railleuses, toutes » (→ Gêner, cit. 26). — Elles (les étoiles) se tiennent l'une à l'autre toutes attachées (→ 1. Dépendre, cit. 7). — La première, la pire (→ Jalousie, cit. 22), la dernière de toutes. ☑ Une fois (cit. 3) pour toutes. — Tous ensemble (1. Ensemble, cit. 4 et 7) : en masse. || Ils tapaient tous à la fois (→ Marteau, cit. 1), tous en même temps. || Tous tant que nous sommes (→ Cagotisme, cit.; minute, cit. 2). || « Tous pâles, graves, sévères (cit. 2), les proscrits (…) ». — Tous et toutes (→ Régiment, cit. 4). || « Cette part de l'autre sexe (cit. 3) que nous contenons tous, et toutes ». — (Avec un impératif). || Regardez (cit. 10) tous ! — Récapitulant un ensemble, une énumération. || « Vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me voir » (Montesquieu, les Lettres persanes, 30, in Grevisse). — Nous tous (→ Poule, cit. 1). || Au milieu de vous tous (→ 1. Bombe, cit. 4). || Eux tous (→ Personnification, cit. 1), elles toutes.
61 — (…) Vous tous, soyez témoins !
Hugo, Hernani, III, 7.
62 C'était, parmi elles toutes, à qui graverait le plus avant son épitaphe dans son cœur.
Barbey d'Aurevilly, les Diaboliques, « Le plus bel amour… », p. 92.
b Tous [tus], toutes (en emploi nominal) : tous les hommes, tout le monde, et, par ext., une collectivité entière. — (En fonction de sujet). || Tous s'inclinèrent (cit. 16). || Tous ensemble furent massacrés (cit. 1). — (Compl. indirect). || Elle se donnait (cit. 74) à tous. — Chacun… tous… || « Chacun (cit. 4) en a sa part et tous l'ont tout entier ». || L'expérience (cit. 37) de chacun est le trésor de tous. || Chacun est responsable (1. Responsable, cit. 2) de tous. — Être irrité (cit. 24) contre tous. — Envers (cit. 1 et 2) et contre tous. — (Avec un possessif). || C'est notre faible (cit. 42) à tous. || Notre ouvrage à tous (→ Navire, cit. 14). || En leur nom à tous (→ Occupation, cit. 5).
63 Quant aux femmes, elles étaient toutes, à son avis, charmantes et irréprochables. Elle dînait chez toutes.
France, le Lys rouge, X.
REM. Quand tous, toutes est objet direct, il doit s'appuyer sur un pronom personnel ou relatif objet. Je les reconnaissais tous (→ Papillon, cit. 4). Les grands esprits les voient toutes (→ Blesser, cit. 12). Toutes, oui, je vous aime (→ Excepté, cit. 9).
64 Alors, il se livra aux sports, avec fureur. Il essaya de tous, il les pratiqua tous.
R. Rolland, Jean-Christophe, Nouvelle journée, III, p. 1531.
65 Où s'enfonçaient, où se cachaient alors mes turbulences de la veille (…) Le flot de mon amour les avait recouvertes toutes.
Gide, l'Immoraliste, II, I.
66 (…) ses dents pures que sa grande bouche montrait toutes quand elle riait (…)
F. Mauriac, la Pharisienne, II.
2 Tout (pronom ou nominal, équivalant à un « neutre » ou à un collectif) : l'ensemble des choses dont il est question, soit au sens fort « toutes choses » (ex. : le temps qui détruit tout; → Appui, cit. 31); soit, par ext., « beaucoup de choses, la plupart des choses en question » (ex. : je consens qu'une femme ait des clartés [cit. 19] de tout). — Tout, opposé à rien. ⇒ Rien (cit. 16; et 48, 49, 51, 52). — Tout est quelque chose. || Rien n'est rien (→ Néant, cit. 13, Hugo). || À propos (cit. 3) de tout et de rien. — Tout, fors (cit. 1), hormis (cit. 2, 3 et 6), hors (cit. 14), sauf (→ Honneur, cit. 10)… || Tout est à tous (→ Mien, cit. 23). — « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » (cit. 11). || Tout se tait (→ Midi, cit. 1; muet, cit. 16). || « Là, tout n'est qu'ordre (cit. 16) et beauté ». || Tout arrive ! ☑ Tout vient à point… ☑ Tout passe (cit. 71 et 72). || « Tout ! Tout a disparu » (cit. 17). || Tout recommence (cit. 7 et 8). || Tout se sait (1. Savoir, cit. 66), tout se (cit. 7) dit. || Tout est bien (→ Jour, cit. 39). || Tout va bien, très bien. — ☑ Loc. prov. Tout est bien qui finit bien : ce qui finit bien peut être considéré comme entièrement bon, heureux (malgré les difficultés passagères). — Tout est pur (cit. 18) chez les purs. || Hors de là, tout est vain (→ Génie, cit. 30).
♦ « Tout vous est aquilon (cit. 1), tout me semble zéphir ». || Tout s'est bien passé. — (Dans la langue des sciences). || Tout se passe (cit. 139) comme si… — ☑ Tout est là : là réside tout le problème; il n'y a rien d'autre. || La vie !… tout est là ! (→ Lyrisme, cit. 2). — ☑ Tout est dit (1. Dire, infra cit. 30; cit. 112). ☑ Tout n'est pas rose (2. Rose, cit. 3.1). — Il sait tout; il nie (cit. 2 et 5) tout. || J'ignore (cit. 9) tout de toi. || J'ai tout entendu. — Tout oser, tout essayer. ☑ Pour tout dire : en somme. || Qui peut tout dire arrive à tout faire (cit. 63). || C'est tout dire (→ Rieur, cit. 1). — Tout casser, tout démolir. ☑ Fam. Une noce à tout casser (→ Pince-cul, cit.). — ☑ Faire tout au monde pour… — ☑ À tout faire (→ Intrigue, cit. 6) : utilisable en toutes circonstances, pour toutes sortes de choses. Spécialt. || Bonne à tout faire. — ☑ À tout prendre (cit. 8 et 10), tout bien considéré (→ Scélérat, cit. 1). — Donner (cit. 23) tout, tout ce qu'on a. || Manquer (cit. 3 et 22) de tout, de tout ce dont on a besoin. || Tout perdre en voulant tout gagner. || Avoir tout à gagner (cit. 15) à… — Essayer de tout (→ Fusil, cit. 7). || Il y a des raisons (cit. 69) pour tout. || Rire de tout (→ Obliger, cit. 14). ☑ Avoir réponse à tout. — ☑ Il faut de tout pour faire un monde (cit. 32). || Un peu de tout. || Le pire de tout (→ Opportunisme, cit. 2). — On se fait, on s'habitue à tout. — Tout compris (→ 1. Le, cit. 17). || Tout bien compté, considéré, examiné, pesé… — (Souvent péj.). N'importe quoi. || Capable (cit. 15 et 16) de tout. || Propre (cit. 17 et 18) à tout et bon à rien. || Tout lui est bon, tous les moyens.
67 Cette fille voulait aussi
Qu'il eût du bien, de la naissance,
De l'esprit, enfin tout; mais qui peut tout avoir ?
La Fontaine, Fables, VII, 5.
68 (…) tout tournait autour d'eux, les lampes, les meubles, les lambris, et le parquet (…)
Flaubert, Mme Bovary, I, VIII.
69 Elle a tout ressenti, tout supporté, tout éprouvé, tout souffert, tout perdu, tout pleuré.
Hugo, les Misérables, I, V, XI.
70 Tout est beau, tout est pur, tout est doux, tout est tendre,
De tout ce qu'alentour je vois.
H. de Régnier, Vestigia flammæ, « Soir vénitien ».
♦ Tout (résumant une série de termes; → Imprimer, cit. 38). || « Un souffle, une ombre, un rien (cit. 84), tout lui donnait la fièvre ». || Court (1. Court, cit. 6) de bras, de jambes, de cou, de nez, de tout (→ aussi Forge, cit. 6; fors, cit. 2; gréement, cit. 1).
REM. Place de tout. — Tout, objet direct d'un verbe à un temps composé, se place régulièrement avant le part. passé (ex. : « J'ai tout aimé, tout vu, tout su », Comtesse de Noailles, les Éblouissements). Quand il est complément d'un infinitif, il se place généralement avant. Bonne à tout faire. À tout prendre. C'est tout dire. Qui sait tout souffrir peut tout oser (cit. 1). — Avec un temps simple, l'antéposition de tout est littéraire (→ ci-dessus, d'autres exemples).
71 Ce grand mouvement, qui tout entraîne, rend bien petites les ambitions, les intrigues et les choses du jour.
Chateaubriand, Note sur la Grèce, Avant-propos de la 2e édition, I.
72 (…) l'Intelligence elle-même, en tant que bête et animal impénétrable, qui tout pénètre.
Valéry, Eupalinos, p. 68.
♦ Tout peut être détaché en fin de phrase, généralement pour reprendre le terme tout déjà exprimé (→ Quoi, cit. 39). || « Il fallait tout oser, pour empêcher la guerre, tout ! » (→ Pacifiste, cit. 2). || Tout est dehors, tout… (→ Parmi, cit. 6).
♦ Tout (attribut). || Être tout pour (qqn) : avoir une extrême importance. || Mon père (cit. 7) était tout pour moi. — L'amant qui n'est pas tout n'est rien (→ Préférer, cit. 11).
♦ ☑ (XVIIe). C'est tout (marquant la fin d'une énumération ou d'une déclaration catégorique). || Et c'est tout. || Ce sera tout pour aujourd'hui. || Un point (1. Point, cit. 74), c'est tout. — Vx. || C'est tout que (de)…, suivi de l'infinitif : il suffit de… — ☑ Ce n'est pas tout : il reste encore quelque chose (→ Illuminer, cit. 1; recréer, cit. 2). || Ce n'est pas tout de…, que de… : ce n'est pas assez (3.). Fam. || C'est pas tout de s'amuser. ☑ C'est pas tout ça… : il y a qqch. d'autre à faire.
73 (…) ce n'est pas tout que d'être civil, il faut être aussi raisonnable (…)
Molière, le Malade imaginaire, I, 1.
74 Le renard dit au bouc : Que ferons-nous, compère ?
Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici.
La Fontaine, Fables, III, 5.
75 Qu'est-ce qu'on me veut ! Je demande ma liberté. Ce n'est pas tout ça. Pourquoi m'a-t-on amené dans cette cave ? Alors il n'y a plus de lois.
Hugo, l'Homme qui rit, II, IV, VIII.
76 On trinque… — Merci, répond Charles… Il ajoute que c'est pas tout ça, faut qu'il aille prévenir Marceline.
R. Queneau, Zazie dans le métro, XIII.
♦ ☑ (1784). Voilà tout. S'emploie dans le même sens, pour marquer que ce qui est ainsi fini, borné, n'était pas très important (→ Blanchir, cit. 3; milieu, cit. 13; nez, cit. 29; non, cit. 26; puer, cit. 1).
♦ ☑ Après (cit. 82 à 88) tout : après avoir tout considéré, envisagé (sert généralement à écarter comme négligeable ou insuffisant un ensemble d'objections). ⇒ Demeurant (au), enfin (II., 4.). — Malgré (cit. 5) tout. || Nonobstant (cit. 1) tout. || En dépit de tout (→ Sentiment, cit. 19). — ☑ Avant tout : de préférence à tout le reste. ☑ Par-dessus tout (→ Forme, cit. 53). — Vx. || Sur tout. ⇒ Surtout. || Au-dessus de tout. — ☑ Comme (cit. 18) tout : extrêmement. — Plus que tout (→ Objectiver, cit. 2).
♦ ☑ En tout. a De tout point, à tous égards, complètement (→ Contrôler, cit. 1; 1. faux, cit. 48; inférieur, cit. 8 et 10; réalité, cit. 12). || Mon exposé était en tout conforme… (→ Prouver, cit. 5).
b Au total. || En tout, douze serviteurs (cit. 1; et → aussi Gros, cit. 6). || Il y avait en tout et pour tout trois personnes.
♦ ☑ (Fin XIXe). Fam. Et tout : et le reste. || Et tout et tout (→ Gastronome, cit. 1).
77 Alors, monsieur le président, voilà que je fus pris de cette maladie subite (…) et même contagieuse et cangreneuse et tout (…)
Alphonse Daudet, Port-Tarascon, III, V.
78 (…) moi qu'étais si heureuse, si contente et tout de m'aller voiturer dans l'métro (sic).
R. Queneau, Zazie dans le métro, I.
78.1 Mais sa passion de Chopin, Ravel, Rameau et tout et tout était si grande (…)
René Fallet, le Triporteur, XXV, p. 261.
♦ Tout de… (Tout, construit avec un « partitif » [de, dont]). || Il ignore tout de cette affaire. — Fam. || Avoir tout de… : avoir toutes les qualités, les caractéristiques de… || Il a tout du snob (→ aussi Mais, cit. 33).
79 Pour Fanny, elle avait tout d'une mère, la patience infatigable, l'inquiétude (…)
Alphonse Daudet, l'Évangéliste, VI.
80 Elle avait tout de la petite fille qu'on a tirée du lit dans sa longue chemise pour la montrer aux invités de maman.
Elsa Triolet, Mille regrets, p. 135.
3 (Vieilli). || Tout (désignant une totalité d'êtres vivants, de personnes; on emploie plutôt tout le monde, de nos jours). || Vous commandez (cit. 35) à tout. || « Tout est abattu, tout est désespéré » (cit. 17). || Tout, jusqu'à sa servante, est prêt à déserter (→ Démon, cit. 9). — ☑ Prov. (mod.). Il faut de tout pour faire un monde (cit. 32). — REM. Tout est encore employé dans ce sens pour reprendre et résumer une série de noms de personnes. || « Femmes, moine, vieillards, tout était descendu » (La Fontaine, Fables, VII, 9).
81 Tout m'est suspect : je crains que tout ne soit séduit (…)
Racine, Britannicus, V, 1.
82 Quand on arriva à onze heures et demie du soir à la hauteur de Varennes, la fatigue l'avait emporté, tout dormait dans la voiture.
Michelet, Hist. de la Révolution franç., IV, XIII.
83 Les femmes en sabots cirés, les paysans en blouse neuve, les petits enfants qui sautillaient nu-tête devant eux, tout rentrait chez soi.
Flaubert, Mme Bovary, I, IX.
———
III N. m. (XIIIe).
A Le, un tout (plur. touts) : collection, ensemble; unité d'un ensemble. ⇒ Totalité.
1 a L'ensemble dont les éléments viennent d'être désignés (→ Déposition, cit. 1; fagot, cit. 2; jeter, cit. 7; meuble, cit. 6). || Je déposai le tout (→ Planche, cit. 3). || « Et le drôle (cit. 2) eut lapé le tout en un moment ».
84 Il montra son passeport, sa lettre de mission. Il prépara quelques autres papiers (…) Le fonctionnaire examina le tout (…)
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XX, XXVII, p. 276.
b L'ensemble des choses dont on parle; l'unité qu'elles forment. ⇒ 2. Ensemble (cit. 1 et 2), total, unité. || Le tout et la partie, et les parties (cit. 1 et 2). || Décomposer un tout. ⇒ Analyse, division, partage. || Former un tout. ⇒ Composer, composition (→ Solidairement, cit.). || Portions d'un tout homogène. || Réunir, comprendre dans un tout. ⇒ Englober. || L'intégrité du tout. || Un tout indivisé (→ Nageur, cit.). || Un individu (cit. 1) forme un tout reconnaissable. || Le tout de l'œuvre (→ Opéra, cit. 3, Valéry). || « L'homme (cit. 44) est un tout indivisible, un tout à l'égard du néant » (→ Homme, cit. 51, Pascal). || La structure d'un tout.
85 Que la matière soit éternelle ou créée, qu'il y ait un principe passif ou qu'il n'y en ait point; toujours est-il certain que le tout est un, et annonce une intelligence unique; car je ne vois rien qui ne soit ordonné dans le même système, et qui ne concoure à la même fin, savoir la conservation du tout dans l'ordre établi.
Rousseau, Émile, IV.
85.1 La mort d'un parent menace la vie de chacun de ses proches : la souillure de la mort peut les atteindre à leur tour et les faire périr. Souvent, ils se rachètent du trépas en mutilant leurs corps, généralement en se coupant un doigt : ils offrent ainsi la partie pour conserver le tout.
Roger Caillois, l'Homme et le Sacré, p. 30.
86 (…) je me jugeai suffisamment pourvu d'exemples. En réalité, je ne l'étais pas (…) Il était urgent de se résigner à un sacrifice, et de procéder au tout en se refusant à mettre la dernière main aux parties (…) Le tout se fit, et c'était l'essentiel; car, en bien des cas, il est le juge suprême des parties.
É. Littré, Comment j'ai fait mon dictionnaire…, p. 8.
87 (Il) avait envie de penser à lui-même et à son existence comme à des touts.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. XXIV, III, p. 30.
♦ Blason. L'ensemble de l'écu. — ☑ Loc. Brochant sur le tout. ⇒ Brocher.
♦ (1842). Le mot d'une charade. ⇒ Entier. || Mon premier…, mon second…; mon tout.
2 L'ensemble de toutes choses. || Le tout, le grand tout (souvent écrit avec la majuscule). ⇒ Univers (→ Exact, cit. 15; nature, cit. 49).
88 Il faut dans le grand tout tôt ou tard s'absorber (…)
Hugo, les Quatre Vents de l'esprit, III, X.
3 Ce qu'il y a de plus important, d'essentiel; le point capital (⇒ Important, principal). || Le tout est de… (→ 1. Penser, cit. 13). — ☑ Loc. Jouer, risquer le tout pour le tout (→ Oser, cit. 2). — ☑ Fam. C'est pas le tout de rigoler…
89 — Aujourd'hui, dit Carlos à sa créature, nous jouons le tout pour le tout; mais heureusement les cartes sont biseautées, et les pontes sont très jeunes !
Balzac, Splendeurs et Misères des courtisanes, Pl., t. V, p. 784.
90 Ce n'est pas le tout d'aimer le peuple, il faut être juste; ce n'est pas le tout d'être juste, il faut aimer le peuple et le servir.
René Johannet, Éloge du bourgeois franç., p. 214.
4 (XVIe). Vx ou littér. || Le tout (de qqn) : ce qui compte le plus pour qqn; son seul centre d'intérêt. || « Enfin il en est fou (1. Fou, cit. 31), c'est son tout, son héros ».
B (1213; del tout, 1080). || Du tout. — Vx ou littér. Complètement, absolument. || Cela est du tout admirable (Bossuet, Troisième sermon, « Purification »; et → ci-dessous, cit. Montherlant, Paulhan). — ☑ (1694). Mod. Du tout au tout : complètement, en parlant d'un changement (toutes les circonstances envisagées étant modifiées en leur inverse). → Dose, cit. 2. || Changer du tout au tout. || Différence du tout au tout.
♦ ☑ Pas du tout (→ Profond, cit. 15; raison, cit. 18; retaper, cit. 3). Renforce la négation, du tout jouant le rôle d'un adverbe (« absolument pas »). || Il ne fait pas froid du tout (→ 2. Sourire, cit. 6). || Point du tout (→ Attendre, cit. 91; 1. aube, cit. 2; dévisager, cit. 1; entrer, cit. 53; humaniser, cit. 6; nenni, cit.; obliger, cit. 16). || Plus du tout (→ 1. Souvenir, cit. 8). || Rien du tout. ⇒ Rien (cit. 18 et supra; 77 et supra; 99, 100 et 101). || Sans du tout (→ ci-dessous, cit. Gide). — Ellipt. || Du tout : pas du tout, aucunement (→ ci-dessous, cit. Balzac, Brunot). — Vx. || « Je ne puis du tout demeurer » (Molière, Amphitrion, II, 6). → aussi Office, cit. 6, Molière.
91 (…) Ce que j'ai à vous dire ne veut point du tout de retardement.
Molière, Don Juan, IV, 6.
92 Croyez-vous que je le blâme ? du tout. Il a toujours été ainsi.
Balzac, le Père Goriot, Pl., t. II, p. 937.
93 pas du tout est quelquefois raccourci en du tout : Du tout, du tout, bégaya François; pourquoi donc que j'y serais allé dans votre jardin ? (É. Souvestre, Clairières, 13); — Pas d'argent, n'est-ce pas ? du tout, du tout, du tout (A. Daudet, Immortel, 14).
F. Brunot, la Pensée et la Langue, p. 502.
94 Je commençais chaque phrase sans du tout savoir comment je la finirais (…)
Gide, Journal, 17 mars 1922.
95 Après quoi il doit aussi veiller à ce que le fait soit du tout semblable à ce qu'il veut prouver (…)
J. Paulhan, les Fleurs de Tarbes, p. 224.
96 Le jour où un puis deux confesseurs (…) lui posèrent des questions qui lui déplurent, elle cessa de se confesser du tout.
Montherlant, Pitié pour les femmes, p. 17.
96.1 (…) à ton âge surtout on peut changer du tout en quinze jours; change, mais dans ton essentiel reste ce que tu es.
Montherlant, Pitié pour les femmes, p. 282.
C ☑ (1975, inP. Gilbert). Le tout ou rien : une solution extrême, sans compromis. || Des partisans du tout ou rien. — Se dit d'un dispositif binaire. || « Les capteurs ont été choisis du type “tout-ou-rien” pour éviter un traitement informatique complexe » (Sciences et Avenir, juin 1980, p. 4).
———
IV Adv. de quantité. Entièrement, complètement; d'une manière absolue, intégrale. ⇒ Absolument, 1. bien, complètement, entièrement, exactement, extrêmement. — REM. Tout a une valeur plus faible, moins précise que ces adverbes, qui correspondent plutôt à la forme renforcée tout à fait (→ ci-dessous, 1., c.). Voir aussi Très.
1 (XIe). a Devant des adjectifs les règles d'accord sont traitées ci-dessous. || Tout jeune (cit. 8). || Tout chétif et malingre (→ Moutard, cit. 1). || Tout ému (→ Pivot, cit. 1). || Tout bouillant (cit. 2 et 3) de colère. || Tout entier, entière. ⇒ Entier (cit. 13 à 19). || La ville tout entière (→ Nettoiement, cit.). || La porte s'ouvrit toute grande (cit. 18). — Tout fait. ⇒ Faire (cit. 267 à 270). || Tout petit (→ Manière, cit. 14; scarabée, cit. 2). || Un tout-petit. ⇒ Tout-petit. || Tout enfant (→ Paresseux, cit. 8). — Fam. || Tout gosse, tout môme… — Tout nu (→ Moût, cit. 2), tout nus (→ Mur, cit. 11; nef, cit. 3). || Un homme tout rond, tout réjoui (cit. 7). — Tout prêt (cit. 12 et 16) à…, de… || Tout seul (cit. 27; et supra). || C'est tout naturel. || Tout cru, tout vif. || Il est venu nous le raconter tout chaud, immédiatement, tout de suite. || Tout pareil. || C'est son père tout craché. — Fam. || C'est du tout cuit.
REM. 1. Seul l'usage détermine les adjectifs devant lesquels tout est d'usage normal (ex. : entier, petit, jeune, nouveau), avec lesquels il forme de véritables adjectifs composés : une toute jeune fille (→ Noble, cit. 8); une toute petite mare (cit. 2), de tout petits faits (→ Matière, cit. 15). Il s'emploie assez fréquemment avec des participes adjectivés : toute frémissante (cit. 3); toute frissonnante (cit. 2); « des jours (…) tout fragrants (cit.) d'odeurs ». « Tout suffocant et blême quand sonne l'heure » (Verlaine). Tout morfondu (cit. 4); elle était tout étourdie (cit. 3). — Dans de nombreux cas, tout a une valeur stylistique que n'a pas très : « une petite femme toute vive, tout énergique » (→ Janséniste, cit. 3); des qualités toutes françaises (→ Précieux, cit. 6); il peut même jouer parfois un rôle de diminutif (cf. Tout fou « un peu fou »).
2. Tout sert à former des composés avec quelques adjectifs : tout-puissant, tout-fécond (Voltaire, in Littré).
3. Tout, employé avec un participe passé adjectivé, prend une nuance temporelle (→ Déjà) : « je suppose ici les mines toutes trouvées » (Buffon); tout fait, etc. C'est tout vu.
97 Le matelot qui suivait le prêtre se sentait sur la langue une envie toute méridionale de causer.
Maupassant, l'Inutile Beauté, « Champ d'oliviers », II.
98 Je vois une toute vieille dame, aux blanches anglaises, appuyée sur le bras d'un homme en blouse, qui porte son sac de nuit à la main.
Ed. et J. de Goncourt, Journal, 8 janv. 1871, t. IV, p. 145.
♦ (Avec une loc. adjective). || « Vous avez la physionomie toute je ne sais comment » (H. Monnier, Scènes populaires, p. 266).
♦ ☑ Tout autre : entièrement autre, complètement différent (dans ce tour, tout est adverbe, et reste en principe invariable, lorsqu'il modifie autre; → Montrer, cit. 39; possible, cit. 13). || C'est une tout autre affaire. || Dire (1. Dire, cit. 22) tout autre chose (cf. « Toute autre considération serait superflue », ci-dessus, I., B., 4.).
REM. 1. Avec un masc. sing. (tout autre homme), il y a ambiguïté sur le sens.
2. Beaucoup d'auteurs font l'accord, soit par confusion avec le tour traité ci-dessus (I., B., 4.), soit par réaction contre la règle officielle d'accord (→ ci-dessous, REM. sur l'accord) : une toute autre valeur (→ Négation, cit. 6).
99 Il la conçut (l'intervention) d'une toute autre manière qu'on ne le dit ordinairement.
Pierre Gaxotte, la Révolution franç., VIII, p. 204.
100 L'Univers n'est-il pas plus complexe que nos pensées et d'une toute autre complexité.
A. Maurois, Mes songes que voici, IX.
♦ ☑ Tout l'un ou tout l'autre (infra cit. 109). — Vx. || Tout un autre.
101 (…) les Anciens avaient, pour ainsi dire, tout un autre univers que nous (…)
Marivaux, in Sainte-Beuve, Causeries du lundi, 16 janv. 1854.
102 Le maire du quatrième arrondissement est tout un autre homme (…)
Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, IV, II, 1.
♦ Le tout premier, la toute première : celui, celle qui est exactement, réellement le premier (ne pas confondre avec tout le premier, ci-dessous). || Les toutes dernières (→ Géométrique, cit. 4).
103 Il fit ses toutes premières classes au collège Louis-le-Grand (…)
Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, VI, 16 nov. 1863, I.
104 Les tout derniers chapitres me paraissent beaucoup moins bons (…)
Gide, Journal, 27 nov. 1946.
105 Que la toute première lecture du monde, à l'école primaire, en soit une description chaleureuse (…)
J. Guehenno, in le Figaro, 11 janv. 1962.
106 Un des tout premiers noms que j'avais inscrits sur une liste était celui d'Oppenheimer.
J. Romains, Passagers de cette planète…, p. 93.
b Invariable, devant un tour prépositionnel. || Tout en…, à…, de… || Portail tout en granit (→ Rehausser, cit. 3). || Les édifices tout en façade (cit. 9). || Ce temple est tout de marbre (→ Architrave, cit. 2). || Être tout en larmes. — Il, elle est tout à ses projets, entièrement à ses projets (→ ci-dessus, I., 1., f., le tour : elle est toute à… où tout est adjectif). (Formule de politesse). || Je suis tout à vous (cf. Bien à vous, fidèlement vôtre, etc.).
107 Le moment où elles seront tout à leur projet sera quelquefois celui même de leur abandon.
Diderot, Sur les femmes.
108 Il y avait de grands espaces pleins de bruyères tout en fleurs (…)
Flaubert, Mme Bovary, II, IX.
109 (…) On porte cette année des robes tout en loutre.
France, l'Anneau d'améthyste, in Œ., t. XII, XV, p. 200.
c (Dès 980). Invariable, devant un adverbe ou une préposition. || Tout autrement (cit. 6). || Tout bonnement (cit. 3), tout naturellement (→ Jour, cit. 53). || Tout simplement (→ Engouer, cit. 2; magicien, cit. 4). || Tout doucement (→ Avaler, cit. 31). — Tout aussi… || Tout aussi intolérable (cit. 7). || Je ferais tout aussi bien de recommencer (cit. 1). — Tout autant, tout aussi peu (→ Fréquenter, cit. 8). — Tout aussitôt (→ Retenir, cit. 6; soulagement, cit. 1). — À tout jamais, où tout renforce l'expression à jamais. — Tout bas (→ Liaison, cit. 2; maléfice, cit. 4), tout haut (cit. 106, 107, 110 et 111); tout fort. — Tout exprès (→ Fournisseur, cit. 2; jasmin, cit. 1). || Tout plein (de)… ⇒ Plein (cit. 15, 51 à 53). || Tout juste (cit. 42; et supra). || C'est tout juste si… || Tout comme (si)… ⇒ Comme (cit. 14 à 17). — Vx. || Tout ainsi que (→ Pierre, cit. 9). || Tout au contraire. — ☑ Tout ensemble : en même temps (→ Qualifier, cit. 1; sérieux, cit. 1). || Tout à la fois. — ☑ Tout beau (1. Beau, III.). — Vx. || Tout bien (→ 2. Port, cit. 6, Marot). — Tout doux (→ Filet, cit. 13). || Tout franc (→ 1. Lever, cit. 29). ☑ Tout net (supra, cit. 30; → Ribambelle, cit. 1). || Se fâcher (cit. 12) tout rouge. || Tout court (1. Court, cit. 25; et supra). — ☑ Tout de go (cit. 1 et 2). ☑ Tout à trac. — Tout contre (1. Contre, cit. 5), tout près (→ Folie, cit. 12; recul, cit. 2). || Tout proche (cit. 1). || Tout là-haut (→ Recoin, cit. 4). || Tout au loin (→ Phrase, cit. 18). || Tout autour (1. Autour, cit. 17), tout alentour (→ Lande, cit. 2). || C'est tout à côté. || Tout en haut (→ Phare, cit. 1), en bas. || Tout le long de… (→ Putois, cit.). || Tout au bout. — Tout droit. || Tout de travers (→ 1. Placer, cit. 15). || Tout d'une pièce (cit. 30 à 32). ☑ Tout d'une traite.
♦ ☑ Loc. Tout à coup, tout d'un coup. ⇒ Coup (cit. 83 à 88). — ☑ Tout à l'heure. ⇒ Heure (cit. 91 à 95). — ☑ Tout au moins (cit. 22; et supra). ☑ Tout au plus (cit. 95 à 97). → Au maximum, tout juste. — Tout d'abord. — ☑ Tout de bon. ⇒ 1. Bon (cit. 125 et 126). ☑ Tout de même. ⇒ Même (III., 4. et 5.). || Tout de même (III., 6.) que… (→ Régisseur, cit. 3). ☑ Tout de suite : aussitôt, sans délai. ⇒ Suite (cit. 9; supra et infra). — Tout au long, tout du long. || Tout de son long (cit. 30 et 31). — REM. Le cas est différent de « de tout son long », où tout est adjectif et modifie « son long ».
♦ Vx (renforçant un superlatif). || « Quelque bœuf (…) Tout le plus gras du pâturage » (La Fontaine, XI, 1). — C'est tout le contraire (→ Possible, cit. 24). — || « Tout le premier, toute la première, tout les premiers » (Sainte-Beuve, les Causeries du lundi, I, p. 92), toutes les premières.
110 De tout ce qu'il adviendra dans les jours prochains, Dieu veuille que la nation (et que vous-mêmes tout les premiers) ne fasse pas les frais.
F. Mauriac, in le Figaro littéraire, 8 juil. 1961.
♦ ☑ Tout à fait (renforce à l'origine l'ancienne loc. à fait « à mesure que… », fait à fait que…). ⇒ Fait (cit. 33 et 34); absolument, 1. bien, complètement, entièrement, pleinement, totalement. || Ce n'est pas tout à fait pareil. ⇒ Exactement. || Il est tout à fait soûl. ⇒ Fin (adverbe : fin soûl); → aussi Comme tout (où tout est pronom).
110.1 (…) la partie est toujours presque perdue, elle ne l'est jamais tout à fait.
F. Mauriac, Bloc-notes 1952-1957, p. 256.
110.2 Du reste, il avait déjà des exceptions : son père qui était un homme « tout à fait miraculeux », et un vieux notaire qui était « tout à fait bon pour lui » et qu'il admirait pour une profonde connaissance du droit (…)
Proust, Jean Santeuil, Pl., p. 483.
♦ ACCORD DE TOUT adv.
♦ En ancien franç., tout, malgré sa fonction d'adverbe, était normalement accordé, en tant qu'adjectif, avec l'adjectif qu'il modifiait. Cet usage était encore vivant au XVIIe s. : une chose qui vous est toute acquise (→ Possession, cit. 7, Molière). Son âme toute entière (→ Développer, cit. 16, La Bruyère). Physionomie toute honnête (→ Manière, cit. 40, Molière). Toute entière (→ 1. Sens, cit. 6, Molière). « C'est Vénus toute entière à sa proie attachée » (Racine. — N. B. Ce vers célèbre est souvent orthographié selon les règles modernes d'accord, notamment dans les éditions scolaires>). Divers stratagèmes tous prêts à se produire (→ Main, cit. 33, Molière). Des hommes qui nous sont tous contraires (→ Récuser, cit. 1, La Rochefoucauld). — N. B. Tous n'est pas ici le pronom pluriel, et il faut lire [tu] et non pas [tus]. L'accord avec le pluriel a été le premier abandonné, et Vaugelas écrit : « Ils sont tout autres que vous ne les avez vus »; mais « elles sont toutes estonnées »; cf. Racine, « Nos vaisseaux sont tout prêts » (Andromaque, v. 790); « Vous êtes en des lieux tout pleins de sa puissance » (Britannicus, v. 712); La Bruyère : « (vases) tout enrichis de pierreries » (les Caractères, I, 78); « personnages tout différents » (les Caractères, II, 103), etc.
♦ La règle officielle (formulée en 1704 dans le Dict. de l'Académie) est la suivante : 1- Tout est invariable au masculin (→ Mâchicoulis, cit. 1; planter, cit. 1; sifflet, cit. 5). Tout chargés d'infamie (→ Descendre, cit. 11). Ces vers tout remplis d'elle (→ Devoir, cit. 13), etc.
2- Tout est variable en genre et en nombre devant les adjectifs féminins commençant par une consonne ou par un h aspiré : toute belle (→ Attrait, cit. 16). Je suis toute disposée (→ Préjuger, cit. 1). Tendresse toute platonique (cit. 1). Portes qui s'ouvrent toutes grandes. Elle est toute honteuse (mais on écrit : des manières tout honnêtes, le h étant muet). Le cas des semi-voyelles est indécis : des mains tout oisives ou toutes oisives (Grevisse).
111 Tout enfant elle s'escrimait à faire des vers (…)
Mérimée, Colomba, V.
112 Et la Vatnaz, comme si elle eût profité à ce changement de fortune, paraissait plus gaie, tout heureuse.
Flaubert, l'Éducation sentimentale, II, VI.
113 Une petite robe grise, d'un gris léger un peu lilas, mélancolique comme un crépuscule et tout unie (…)
Maupassant, Notre cœur, I, II.
114 — Oui, il y a des heures où vous m'apparaissez, tout éperdue de réalité, toute frémissante de vie, tout inconnue encore de moi (…)
Paul Hervieu, les Tenailles, II, 6.
115 (…) une certaine licence, tout humble, toute plébéienne (…)
M. Barrès, la Colline inspirée, XVII.
116 La graphie officielle est absurde, car elle présente (…) au féminin (…) tout comme un adjectif si l'adjectif dont il est complément coalescent commence par une consonne, mais comme un affonctif (adverbe) si cet adjectif commence par une voyelle.
J. Damourette et É. Pichon, Essai de grammaire…, §2834.
REM. Selon Damourette et Pichon, tout dans ces emplois est bien un adjectif « coalescent » d'adjectif, comme dans fin prêt; grand ouvert, etc.; ces adjectifs manifestent une tendance à l'invariabilité ou à la variation en genre seulement. Ce serait le cas de tout, qui n'a que deux formes phonétiques [tu] ou [tut] au masculin; [tut] au féminin. En fait, la règle de Vaugelas, prescrivant d'écrire : tout tristes au lieu de tous tristes supprimait une équivoque avec tous pronom (prononcé [tus]) : « … dans ce vers du Cid (1351) : “Un excès de plaisir nous rend tous languissants”, on peut douter — du moins à la lecture — si le poète veut donner à entendre la totalité des personnes (…) ou seulement un extrême degré de langueur » (G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. mod., §457). Par contre, la graphie illogique et officielle tout, devant un féminin commençant par une voyelle, est souvent remplacée par toute (et plus rarement, au pluriel, par toutes); la langue littéraire moderne, « sans s'inquiéter si (tout) a une valeur d'adverbe ou d'adjectif (…) l'accorde (de plus en plus) avec l'adjectif auquel il se rapporte » (Le Bidois, §458). Cf. de nombreux ex. in Le Bidois, Grevisse; et → aussi laiteux, cit. 4, Giono; paysage, cit. 9, Valéry.
2 Tout en…, suivi d'un p. prés. (gérondif) : marque la simultanéité. ⇒ Temps (en même temps que); → Finement, cit. 1; garder, cit. 63; 1. laitier, cit. 2; lare, cit. 3; lécher, cit. 3; mâcher, cit. 9; mince, cit. 15; ratisser, cit. 1; réclamer, cit. 2. || Tout en l'écoutant et en savourant (cit. 4) le son de sa voix. || « Tout en chantant sur le mode mineur » (1. Mineur, cit. 2). — REM. Tout en… marque la simultanéité et, dans certains cas, l'opposition (en réunissant dans le temps deux circonstances apparemment peu conciliables).
117 (…) tout en me souhaitant du génie, elle se réjouissait que je fusse sans esprit (…)
France, le Petit Pierre, I.
♦ Régional. || Tout courant, tout parlant. || Elle arriva tout courant, en courant.
3 (XVe). || Tout… (suivi d'un nom ou adj. attribut) que…, exprime la concession (→ Quelque… que; si… que).
a Construit avec l'indicatif. || Tout riche que je suis : bien que…, quoique je sois riche (→ Paysannerie, cit. 1; et aussi tenir, cit. 93). || Tout puissant qu'il est (→ Plus, cit. 72). || Tout lassé (cit. 16), tout prévenu que j'étais (→ Attente, cit. 31). || « Rancé, tout vieux et tout malade qu'il était » (→ Plonger, cit. 19).
118 (…) toute belle, toute pleine d'attraits, toute aimable que je la trouve.
Molière, le Bourgeois gentilhomme, III, 9.
N. B. Pour l'accord, → ci-dessus, rem.
119 Toute dépaysée et terrifiée qu'elle était, elle goûtait le soulagement d'être plus anonyme ici que partout ailleurs.
J. Romains, les Hommes de bonne volonté, t. VI, III, p. 26.
119.1 Et, de plus, ajouta Passepartout, je me charge de lui, tout colonel qu'il est.
J. Verne, le Tour du monde en 80 jours, p. 245.
b (Avec le subjonctif, « soit que l'affirmation se pense d'une façon moins assurée, soit […] par analogie avec la syntaxe de si… que » [G. et R. Le Bidois, Syntaxe du franç. mod., §1579]).
120 (…) tout notre gendre que vous soyez, il y a grande différence de vous à nous (…)
Molière, George Dandin, I, 4.
121 Tout formidable que soit ce sublime, il le cède encore à la vision du livre de Job.
Chateaubriand, le Génie du christianisme, II, V, IV.
122 Enfin, ses jalousies, toutes fréquentes qu'elles fussent, se laissaient deviner et ne s'exprimaient point.
Pierre Louÿs, la Femme et le Pantin, IX.
123 (…) cet appel, tout médiocre qu'il fût, c'était le premier appel (…)
F. Mauriac, la Robe prétexte, XII.
♦ Vx. || Tout (employé seul comme concessif). || Nos pères, tous grossiers (cit. 6, Molière)…, tout grossiers qu'ils étaient.
124 Oui, je te chérirai, tout ingrat et perfide (…)
Corneille, Horace, II, 5.
REM. Avec tout… que, concessif, il arrive que l'accord du féminin ne se fasse pas, lorsqu'il s'agit de nom de chose. || « Le cœur se réveille, tout poudre qu'il est » (Bossuet). || « Tout rêverie que soit l'invisible » (Henriot, in Grevisse).
4 Fam. Tout (adverbial, modifiant un verbe).
REM. Cette construction est restée très vivante dans la langue parlée; cf. Ton assiette est tout posée de travers (ex. parlé). « Cette tournure semble avoir (…) perdu la faveur des littérateurs. Elle a pourtant des racines anciennes » (Damourette et Pichon, §2831).
5 Littér. || Tout (en emploi adverbial, peut renforcer un nom épithète ou attribut; il reste généralement invariable). || Existence qui est tout passivité, tout inactivité (cit. 2). || Il était tout hésitation (cit. 3) et regrets. || On l'attend (→ Mars, cit.), tout giboulées et tout bourrasques. — ☑ Loc. Être tout sucre et tout miel (→ Doucereux, cit. 3). ☑ Tout yeux tout oreilles (→ Loup, cit. 8); tout oreilles (cit. 4). — Par assimilation plaisante. ☑ Je suis tout ouïe [tutwi]. — ☑ Ils sont tout feu (cit. 72) pour…; tout feu tout flamme. — Comm. || Tout laine. || Cravate tout soie.
125 C'est de la tête aux pieds un homme tout mystère (…)
Molière, le Misanthrope, II, 4.
126 (…) quand elle le voyait malheureux, souffrant, courbé sous le poids des peines, elle était tout cœur, tout pitié, tout amour, elle eût donné son sang pour rendre Hulot heureux.
Balzac, la Cousine Bette, Pl., t. VI, p. 385.
N. B. — Cf. le commentaire de G. Mayer : « Il se fait en quelque sorte dans l'esprit du sujet parlant une identification du porteur et de la qualité et tout renforce le caractère affectif de cette identification. En somme on considère que dans le sujet, tout ce qui n'est pas la qualité envisagée cesse de compter pour faire place à la qualité avec laquelle le sujet, non seulement s'identifie, mais se confond » (G. Mayer, la Qualification affective…, p. 104).
127 Le corps de madame est tout plaie !
Balzac, le Curé de village, Pl., t. VIII, p. 754.
128 Ce n'est pas tout laine (…)
J. Vallès, l'Enfant, XXI.
129 (…) celle-ci était un jeune animal tout ardeur et tout force, — une enfant de l'amour.
Paul Bourget, la Geôle, VIII.
REM. Lorsqu'on fait l'accord de tout dans une construction de ce type on le considère comme un adj. qualifiant le sujet (→ ci-dessus, I., 1., h). L'ambiguïté est fréquente au masc. sing. L'ex. de Molière « un homme tout mystère » peut être interprété de trois façons : « un homme entièrement mystère (adverbe) »; « un homme qui est tout le mystère, le mystère intégral »; ou « un homme tout entier mystère ».
6 Dans des tours elliptiques formant un composé à valeur adjectivale ou nominale. || « De nouveaux amplis tout transistors » (in P. Gilbert). || Chauffage, cuisinière tout électrique (P. Gilbert). || Horloge tout électronique. — Le « refus du tout nucléaire » (le Nouvel Obs., 15 juin 1981, p. 23).
❖
CONTR. Aucun, nul, rien. — Division, élément, fraction, lot, morceau, partie, pièce.
DÉR. Toutim.
COMP. Anti-tout, casse-tout, en-tout-cas, fait-tout, fourre-tout, mêle-tout, risque-tout, stop-tout, 1. surtout, 2. surtout, tout-à-l'égout, tout-compris, toute-bonne, tout-en-un, toute-épice, toutefois, toute-présence, toute-puissance, toute-science, tout-fait, tout-fou, tout-petit, tout-puissant, tout-va (à), tout-venant, va-tout.
HOM. Toue, toux.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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